Selon l’enquête sur les prévisions salariales pour 2027 publiée aujourd’hui par l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, les employeurs du Québec prévoient accorder des augmentations salariales de 3,1 % l’an prochain tous emplois confondus. Les organisations prévoient ainsi, pour la cinquième année consécutive, d’accorder des augmentations au-delà de la barre des 3 %. Les augmentations prévues continuent cependant de ralentir modestement pour une quatrième année consécutive depuis le sommet de 2023.
« Tout en souhaitant un retour progressif à des seuils d’augmentation plus près de leur capacité de payer, les organisations surveillent manifestement leur positionnement par rapport au marché et démontrent qu’elles veulent demeurer attrayantes auprès des travailleuses et travailleurs qui continuent de se faire rares dans plusieurs secteurs d’activité », explique Manon Poirier, CRHA, directrice générale de l’Ordre.
Attentes élevées des travailleurs : des déceptions à prévoir
La prévision annoncée pourrait susciter certaines déceptions puisqu’un sondage Léger commandé par l’Ordre révèle que les travailleuses et travailleurs québécois s’attendent en moyenne à recevoir 3,7 % d’augmentation l’an prochain. Ces attentes élevées peuvent notamment s’expliquer par la volonté de préserver leur pouvoir d’achat. Fait intéressant à souligner, le sondage révélait un écart considérable des attentes entre les femmes (2,6 %) et les hommes (4,6 %). Par ailleurs, les nombreux travailleurs et travailleuses qui s’attendaient à un gel de leur salaire (19 %) pourront se consoler, car seuls 3,2 % des employeurs prévoient en réalité de geler les salaires.
Des écarts relativement modérés
La variabilité des prévisions entre les secteurs d’activité économique du Québec est modérée, avec un écart de 1 point de pourcentage entre maximum et minimum. Le secteur des services publics (« public utilities ») sort grand gagnant avec une hausse prévue de 3,7 %. Les administrations publiques (municipales, provinciales et fédérales), de même que le secteur de l’énergie, des mines, du pétrole et du gaz, ferment la marche avec 2,7 % d’augmentation. Avec une hausse prévue de 3 %, la fabrication se classe en milieu de peloton malgré les tensions économiques liées aux droits de douane.
Augmentations salariales prévues au Québec par secteur d’activité
| Services publics (« public utilities ») | 3,7 % |
| Services professionnels, scientifiques et techniques | 3,4 % |
| Technologies de l’information et des communications | 3,3 % |
| Agriculture, foresterie, pêche et chasse | 3,3 % |
| Finance et assurances | 3,3 % |
| Arts, spectacles et loisirs | 3,2 % |
| Transport et entreposage | 3 % |
| Fabrication | 3 % |
| Soins de santé et assistance sociale | 3 % |
| Autres secteurs de services incluant la construction | 2,9 % |
| Commerce de gros et de détail | 2,9 % |
| Énergie, mines, pétrole et gaz | 2,7 % |
| Administrations publiques (municipales, provinciales et fédérales) | 2,7 % |
Rémunération globale : importance accordée aux avantages non pécuniaires
Dans une perspective de rémunération globale, le sondage Léger—Ordre des CRHA évaluait le degré d’importance qu’accordent les travailleuses et travailleurs aux différents avantages non pécuniaires.
- Les congés et les vacances arrivent en tête (54 %) et de manière encore plus élevée chez les 35-54 ans (61 %).
- Les avantages reliés à la santé sont également convoités : régime d’assurance maladie et médicaments (42 %), assurance dentaire et soins de la vue (30 %), journées personnelles ou de maladie (27 %).
- Alors que plusieurs organisations exigent davantage de présence sur les lieux de travail, 22 % des répondantes et répondants accordent de l’importance au télétravail.
Par ailleurs, les 18-34 ans sont plus enclins à privilégier les horaires de travail flexibles ou réduits : 38 %, comparativement à 26 % pour l’ensemble des répondantes et répondants. Quant aux 55 ans et plus, ils sont davantage enclins que l’ensemble à privilégier les régimes d’assurance maladie et médicaments (54 %) ainsi que les régimes de retraite privés (39 %).
Face à des besoins variés, les organisations peuvent envisager la « rémunération à la carte », en permettant à l’employé de choisir les modalités de certaines composantes de sa rémunération globale en fonction de ses besoins.
Transparence salariale : bonnes pratiques et balises légales
Près du tiers des répondantes et répondants (31 %) au sondage Léger—Ordre des CRHA dit ne pas comprendre comment leur employeur détermine leur salaire. L’écart quant à ce manque de compréhension est faible entre non-syndiqués (32 %) et syndiqués (30 %), bien que les taux de salaire et les échelles salariales sont connus dans les secteurs syndiqués.
« Ce résultat milite en faveur d’une plus grande transparence salariale au sein de l’ensemble des organisations. En matière de bonnes pratiques, les organisations, incluant en milieu syndiqué, auraient avantage à prendre le temps d’expliquer les critères qui déterminent l’établissement du classement des postes, du salaire et de son évolution. L’affichage des échelles salariales dans les offres d’emploi internes et externes est également de plus en plus attendu de la part des candidates et candidats », commente Manon Poirier.
Pour soutenir les organisations, l’Ordre a notamment publié un Guide sur la transparence en rémunération et, plus récemment, un modèle de politique pour implanter des échelles salariales.
L’Ordre estime d’ailleurs que le Québec est mûr pour une réflexion collective afin de se doter de balises légales concernant la transparence salariale, balises qui contribueraient à réduire les écarts salariaux injustifiés qui perdurent. L’Ordre a publié un avis détaillé sur la question l’an dernier. Dans le cadre de la présente campagne électorale, l’Ordre a interpellé les partis politiques sur cet enjeu et il sera discuté par des représentants des partis lors du débat électoral que l’Ordre organise le 22 septembre prochain.
Pour obtenir gratuitement et en exclusivité l’outil des prévisions salariales 2027, assistez au Rendez-vous Rémunération de l’Ordre le 23 septembre prochain. Sur carrefourrh.org, l’outil sera disponible en octobre.
Pour prendre connaissance des résultats détaillés du sondage mené pour l’Ordre par Léger, consultez le rapport. Ce sondage a été réalisé du 31 juillet au 3 août 2026 auprès de 529 travailleuses et travailleurs (excluant les travailleurs autonomes).
À propos des prévisions salariales de l’Ordre
Présentées lors du Rendez-vous Rémunération 2026, les prévisions salariales pour 2027 ont été établies à partir des enquêtes menées par huit firmes, soit Gallagher, HUB International, Marsh (Canada seulement), Normandin Beaudry, Rémunération & Co. (Québec seulement), Solertia (Québec seulement), TELUS Santé, ainsi que WTW (Canada seulement). Ensemble, elles révèlent les intentions de près de 1 300 entreprises au Québec et de plus de 2 500 organisations au Canada, offrant ainsi un portrait représentatif des orientations envisagées en matière de budgets salariaux pour la prochaine année.