Les mesures de conciliation famille-travail (CFT) peuvent devenir un levier puissant pour prévenir les risques psychosociaux (RPS). Sans remplacer une démarche structurée, exigée par la Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail, elles réduisent l’exposition aux facteurs de risque, renforcent les mécanismes de protection et soutiennent une performance organisationnelle saine et durable.
Risques psychosociaux du travail : un enjeu multifactoriel
Selon l’INSPQ, les RPS sont des « facteurs liés à l’organisation du travail, aux pratiques de gestion, aux conditions d’emploi et aux relations sociales, augmentant la probabilité d’effets néfastes sur la santé physique et psychologique des personnes exposées »¹.
Ces facteurs s’influencent mutuellement. Lorsqu’une personne est exposée à plusieurs risques, les effets sur la santé sont cumulatifs. Chaque facteur se situe sur un continuum : d’un côté, un risque; de l’autre, un facteur de protection. Par exemple, la reconnaissance protège la santé mentale, alors que son absence l’affecte négativement¹.
La conciliation famille-travail : un écosystème protecteur
Les initiatives favorisant la CFT agissent à trois niveaux :
- Prévention primaire : réduire les facteurs de risque à la source (ex. : démarche organisationnelle impliquant toutes les parties prenantes, évaluation de la charge de travail, processus clairs).
- Prévention secondaire : soutenir les personnes confrontées à des enjeux de CFT (ex. : formations, ateliers, partage de ressources).
- Prévention tertiaire : mitiger et soigner les impacts négatifs du conflit travail-famille (ex. : programme d’aide aux employés, retour au travail après absence pour santé mentale).
Engagement visible de la direction : un préalable incontournable
Avoir l’accord de la direction n’équivaut pas à obtenir son engagement. Brun, Biron et St-Hilaire (2009) suggèrent de considérer l’engagement comme un processus continu à toutes les étapes de la démarche plutôt que seulement à celle du démarrage.
Pour dépasser le stade de l’accord, voici quelques éléments à surveiller afin d’identifier un véritable engagement :
- Est-ce que la direction accorde un espace de discussion pour présenter régulièrement l’avancement de la démarche?
- Y a-t-il une personne porteuse de la démarche?
- Des ressources sont-elles allouées (budget, comité interne, expertise externe au besoin)?
Cet engagement augmente la légitimité des mesures de CFT et soutient la prévention des RPS dans une logique de développement durable des talents.
Formaliser et communiquer les mesures pour légitimer leur utilisation
Offrir des accommodements ponctuels peut créer de l’ambiguïté, alimenter la perception d’injustice et générer du stress. Formaliser les mesures dans une charte ou une politique légitime leur utilisation et réduit la charge émotionnelle liée à la négociation.
Cette formalisation, lorsqu’elle est le fruit d’un processus collaboratif, transforme certains facteurs de risque en facteurs de protection.
Le rôle central des gestionnaires
Trois types de soutien contribuent à transformer les risques en protections :
- Opérationnel : fournir une aide directe pour accomplir les tâches (ex. : un aménagement ponctuel).
- Informationnel : communiquer les mesures de CFT et les ressources disponibles.
- Émotionnel : créer un climat de confiance, écouter, ouvrir le dialogue et éviter les jugements.
La CFT : un levier pour renforcer la résilience organisationnelle
La conciliation famille-travail agit comme un écosystème organisationnel. À l’image d’un jardin fertile, elle nourrit la résilience collective et permet à l’organisation d’absorber les imprévus et les tensions. Comme dans un jardin, la santé de l’ensemble ne dépend pas d’un seul élément, mais de l’équilibre des conditions qui permettent aux équipes de croître.
En transformant les facteurs de risque en facteurs de protection, les mesures de CFT et le soutien des gestionnaires fonctionnent comme les racines et les nutriments d’un sol riche : elle stabilise l’organisation, favorise la saine croissance et soutient la santé globale.
Le climat de sécurité psychosocial (CSP) : préparer le terreau
Pour maximiser l’impact des actions de conciliation famille-travail (CFT) et prévenir les risques psychosociaux (RPS), les organisations gagnent à développer un climat de sécurité psychosociale (CSP). Le CSP, qui englobe l’engagement de la direction, la priorité accordée à la santé psychologique, la communication et la participation des parties prenantes, constitue un déterminant organisationnel en amont des RPS³.
En agissant sur ces composantes, les organisations peuvent prévenir la surcharge de travail, le faible soutien, la faible reconnaissance et la faible autonomie, tout en renforçant la santé psychologique et la performance durable.
Pistes d’action pour les CRHA et les CRIA selon les sous-dimensions du CSP :
| Sous-dimension du CSP | Pistes d’action en lien avec la CFT |
| Engagement de la direction | • Mettre en évidence les liens entre la CFT et la performance organisationnelle (ex. : fidélisation; 80 % des personnes ayant changé d’emploi au cours des deux dernières années affirment que l’amélioration de leurs conditions de CFT a pesé dans la balance6). • Partager des cas à succès. • Documenter les effets négatifs du conflit travail-famille et les bénéfices d’une démarche CFT. |
| Priorité accordée aux enjeux de CFT | • Sensibiliser et outiller les gestionnaires, y compris la gestion des situations particulières. • Former les employés à la diversité des réalités de CFT. • Évaluer la contribution selon les objectifs et la progression, et non uniquement la présence. |
| Participation des parties prenantes | • Créer un comité de CFT représentatif. • Consulter les employés et faire un retour sur les besoins. |
| Communication | • Diversifier les moyens pour faire connaître les mesures et les ressources. • Intégrer la CFT à l’ordre du jour (ex. : « la minute CFT »). • Créer des espaces de discussion (ex. : dîner-causerie, pause-café thématique, Semaine québécoise des familles, Semaine nationale des proches aidants). |
Conclusion : un investissement durable pour la santé organisationnelle
Les mesures de CFT transforment l’organisation : elles réduisent les RPS, renforcent la résilience collective et maximisent la performance durable. Quand les organisations cultivent ces conditions, elles deviennent capables de résister aux périodes de sécheresse (changements rapides, pressions internes et externes), tout en offrant un milieu propice à l’épanouissement des talents.
À l’image d’un jardin bien entretenu, investir dans la CFT crée un écosystème fertile. Les talents peuvent croître et s’épanouir malgré les aléas et les imprévus. Cultiver ce « jardin organisationnel » demande des actions concrètes : engagement réel de la direction, formalisation des mesures ainsi que soutien des gestionnaires et des collègues dans un climat de sécurité psychosociale solide. Les bénéfices se traduisent par une saine performance organisationnelle saine et durable.
Pour aller plus loin
- Facteurs de risques psychosociaux liés au travail : CNESST
- Climat de sécurité psychosociale au travail — Revue RH (Volume 27, no 2)⁴
- Statistiques sur la CFT : Concilivi, 2025
Références
- Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). (n.d.). Risques psychosociaux du travail.
- APSSAP. (2017). Guide sur la santé psychologique au travail.
- Brun, J.-P., Biron, C., & St-Hilaire, F. (2009). Guide pour une démarche stratégique de prévention en santé psychologique au travail.
- Revue RH. (2009). Le climat de sécurité psychosociale au travail pour mieux agir. Volume 27, no 2.
- CNESST. (s.d.). Autonomie décisionnelle.
- Concilivi, (2025). Sondage auprès des travailleur(-euse)s du Québec, Réseau pour un Québec Famille.
Avis - Ce contenu relève de la responsabilité de son auteur et ne reflète pas nécessairement la position officielle de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.