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Les milieux de travail québécois vivent-ils un phénomène de « réunionite » qui nuit à la productivité?

Un sondage de l’Ordre des CRHA révèle que les réunions au travail souffrent souvent d’un manque de pertinence et de pratiques de base mal appliquées.
29 avril 2026

Les réunions en milieu de travail remplissent une fonction réellement utile pour faciliter la coordination et la cohérence au sein des organisations. Toutefois, elles mobilisent fréquemment des participants dont la contribution ou le besoin d’assister à ces rencontres s’avèrent limités. Plusieurs bonnes pratiques de base (ex. : ordre du jour, compte-rendu) mériteraient par ailleurs d’être appliquées davantage pour faire en sorte que les réunions agissent comme vecteur de productivité plutôt qu’un frein. C’est ce que révèle un premier portrait des pratiques que l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés a réalisé en sondant 702 personnes en emploi, dont 28 % de gestionnaires. Ce sondage a été mené par la firme Léger en mars dernier.

Pour 83 % des travailleurs, les réunions représentent 5 heures de travail ou moins chaque semaine. Contrairement à un discours répandu, seule une minorité de travailleurs (23 %) estime participer à trop de réunions, et une large majorité juge leur nombre adéquat (71 %).

Globalement, la perception des réunions au travail est toutefois relativement partagée : 55 % estiment qu’elles s’avèrent un outil utile ou un levier essentiel au bon fonctionnement du travail, contre 43 % qui considèrent qu’elles sont un mal nécessaire ou une perte de temps.

Mieux cibler les participants

Plusieurs indicateurs révèlent que l’enjeu se trouve du côté de la pertinence de certaines réunions et du ciblage des personnes à inviter :

  • 63 % estiment que certaines pourraient être remplacées par un courriel;
  • 50 % considèrent qu’elles sont parfois tenues par habitude plutôt que par nécessité;
  • 40 % déclarent faire souvent autre chose en parallèle, un phénomène qui fragmente l’attention et peut contribuer à diminuer la productivité des travailleurs;
  • 37 % des travailleurs non gestionnaires assistent aux réunions pour écouter seulement, sans intervenir;
  • les travailleurs non gestionnaires sont deux fois plus susceptibles que les gestionnaires de trouver l’information communiquée en réunion peu ou pas pertinente (21 %, contre 11 %).

« Communiquer efficacement au travail ne devrait pas systématiquement être synonyme de réunion. D’autres moyens – les plateformes de collaboration, les courriels, les rencontres individuelles, etc. – ont toujours leur place. Par ailleurs, lors des réunions, la recherche a démontré que la dynamique de groupe se dégrade à partir de plus de sept participants. Mieux vaut réduire la taille du groupe et trouver ensuite d’autres moyens pour informer tous les travailleurs concernés au sein de l’organisation », commente la directrice générale de l’Ordre, Manon Poirier, CRHA.

Dans le contexte où 41 % des travailleurs indiquent ne pas être à l’aise de refuser une invitation à une réunion qu’ils jugent non pertinente, Manon Poirier invite aussi les entreprises à faire évoluer leur culture organisationnelle pour offrir plus d’autonomie à leurs employés.

Appliquer d’autres bonnes pratiques

Les réunions peuvent devenir un véritable frein à la productivité des organisations, si les bonnes pratiques ne sont pas appliquées. À ce sujet, le sondage révèle qu’un grand nombre d’organisations gagneraient à mieux encadrer la tenue des réunions en mettant en place des mesures simples telles que la préparation d’un ordre du jour communiqué à l’avance aux participants ou la préparation d’un compte-rendu pour faciliter le suivi des décisions prises. Fait à souligner, une majorité de gestionnaires (55 %) utilise occasionnellement ou régulièrement des outils d’intelligence artificielle pour faciliter les réunions (ex. : transcription ou résumé automatique).

« Les organisations auraient aussi avantage à tenir leurs réunions une fois que leurs employés ont pu accomplir leur travail plus pressant. Autrement, elles réunissent des travailleurs stressés qui ont la tête ailleurs et la qualité de la rencontre en souffre », affirme Manon Poirier.

Les bonnes pratiques sont-elles appliquées?

Pratiques Souvent présentes
L’animation favorise un climat respectueux. 86 %
Le temps prévu est respecté. 73 %
L’animation favorise la participation. 70 %
Le nombre de participants facilite les échanges. 68 %
Les décisions prises font l’objet d’un suivi clair (ex. : compte-rendu). 65 %
Un ordre du jour clair est communiqué à l’avance. 62 %
Il est possible de donner une rétroaction sur l’utilité des réunions. 54 %

Mode de travail hybride : une attention particulière s’impose

Sans surprise, les travailleurs en mode hybride (29 % des répondants au sondage) sont plus souvent en réunion. On constate chez ces travailleurs une plus forte propension à percevoir un certain excès en termes de volume et à faire autre chose en parallèle pendant les réunions, un comportement qui ne relève pas d’un manque d’engagement individuel, mais qui traduit plutôt une réallocation du temps et de l’attention lorsque la pertinence des réunions est jugée insuffisante.

« La gestion des réunions en contexte de télétravail ou de mode hybride doit viser l’équilibre entre la flexibilité et la cohésion d’équipe. La meilleure façon de tirer profit du mode hybride est de consacrer le temps en présentiel aux tâches collaboratives (réunions, formation et sessions de travail) pour réserver les tâches individuelles au télétravail. Par ailleurs, ne pas enchaîner les réunions du matin au soir et planifier des pauses permet de minimiser l’hyperconnectivité et ses effets néfastes », souligne Manon Poirier.

Écart entre gestionnaires et employés

Gestionnaires et employés n’ont pas la même perception et la même expérience des réunions.

Les gestionnaires entretiennent un rapport plus positif aux réunions. Ils sont plus nombreux à y participer (85 % contre 61 % chez les non gestionnaires) et à en percevoir la valeur (72 % estiment que leur présence est souvent utile, contre seulement 52 %). Mais les réunions représentent indéniablement une pression supplémentaire pour les gestionnaires : ils sont plus susceptibles de faire autre chose en parallèle pendant les rencontres (51 % contre 34 % chez les non gestionnaires) et d’avoir à compenser le temps passé en réunion par du travail en dehors des heures normales (39 % contre 21 %). De plus, 35 % des gestionnaires estiment que les réunions augmentent leur degré de stress, comparativement à 26 % chez les employés.

Ce sondage a été mené par la firme Léger du 10 au 17 mars 2026. Le rapport complet peut être consulté sur le site Carrefour RH.

Ressources additionnelles pour les milieux de travail