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Intégrer l’intelligence artificielle en RH : un devoir de compétence et d’éthique

L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un outil stratégique en ressources humaines. Toutefois, son intégration soulève des enjeux majeurs en matière d’éthique, de transparence et de responsabilité professionnelle.
20 mars 2026
Bureau du Syndic

Pour chaque CRHA | CRIA, l’usage de l’IA exige une rigoureuse réflexion éthique et déontologique. Bien que ses avantages soient indéniables, les professionnels doivent maintenir leur vigilance face aux risques que l’IA comporte, et adopter une posture critique et responsable dans son utilisation, en s’appuyant sur le Code de déontologie des CRHA | CRIA.

Positionner la fonction RH au cœur de l’innovation

Le Code de déontologie impose aux CRHA | CRIA d’exercer leur profession avec compétence et intégrité (art. 2). Cela implique de comprendre les outils d’IA, leurs limites et leurs effets. Les professionnels doivent actualiser leurs connaissances et respecter les règles de l’art (art. 3) qui demeurent inchangées, tout en évitant d’entreprendre des mandats pour lesquels ils ne sont pas préparés (art. 4). L’utilisation de l’IA sans une maîtrise suffisante peut constituer une erreur, voire une faute déontologique. Même dans un contexte technologique évolutif, la rigueur, le discernement et la qualité professionnelle demeurent les fondements de la pratique.

Confidentialité et cybersécurité : des impératifs non négociables

L’IA traite souvent des données confidentielles : coordonnées, informations médicales, etc. Le Code de déontologie insiste sur la protection de ces renseignements qui ne devraient pas se retrouver dans les outils gratuits en ligne. Les articles 6 al. 6 et 51 obligent les professionnels à prendre les mesures nécessaires pour éviter toute divulgation par leurs collaborateurs. Cela inclut la vérification des fournisseurs d’IA, la sécurisation des données et la formation du personnel. Les CRHA | CRIA doivent s’assurer que les outils utilisés respectent les normes de confidentialité et de cybersécurité. L’Ordre a d’ailleurs produit le Guide réflexif sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la pratique RH.

Automatiser sans déshumaniser : un équilibre essentiel

L’intelligence artificielle (IA) représente déjà un outil incontournable en matière de recrutement. Si elle permet de gagner un temps précieux, les CRHA | CRIA doivent veiller à ce que les algorithmes n’introduisent pas de biais discriminatoires liés au genre, à l’origine ethnique ou à l’âge. Il leur incombe également de faire preuve de discernement dans le choix d’utiliser des outils d’aide à la décision, et d’en informer les candidats; de garantir la confidentialité des données personnelles et de s’assurer que les solutions utilisées respectent des critères de sélection objectifs, équitables et transparents.

Certaines plateformes vont jusqu’à analyser les micro-expressions faciales lors d’entretiens vidéo, une pratique présentant des risques élevés. À titre d’exemple, le règlement européen sur l’IA (AI Act), considérant la fiabilité scientifique contestée de ces techniques et leurs incidences préoccupantes sur la vie privée, en encadre strictement l’usage, voire l’interdit en contexte professionnel. Cet encadrement impose notamment la présence d’une supervision humaine.

Même avec des outils avancés, les professionnels ne peuvent pas se soustraire à leur devoir essentiel de discernement.

L’éthique au cœur de la transformation numérique

L’IA offre des possibilités considérables, mais elle peut aussi introduire des biais, compromettre la confidentialité ou déshumaniser certaines pratiques. Les CRHA | CRIA doivent donc exercer une vigilance constante et s’assurer que les outils utilisés reposent sur des données fiables, objectives et recueillies dans le respect des principes éthiques. Le discernement professionnel demeure essentiel pour préserver la confiance du public et garantir une pratique conforme aux valeurs déontologiques. L’article 31 interdit toute clause contractuelle visant à exclure, même partiellement, la responsabilité civile personnelle des professionnels.

Ainsi, même si l’IA est utilisée comme assistant, les CRHA | CRIA restent pleinement responsables de leurs décisions.  

L’émergence d’outils décisionnels accessibles au public, comme les GPT personnalisés ou les agents IA, accentue ces responsabilités. Les professionnels qui les conçoivent ou les mettent à disposition du public ne peuvent pas se soustraire à leurs obligations. Ils doivent s’assurer de leur fiabilité, les valider rigoureusement et faire preuve de prudence dans leur développement. L’article 50 al. 5 proscrit la production de rapports incomplets ou erronés.  

Préserver l’indépendance et intégrer l’IA avec responsabilité : un leadership éthique à l’ère numérique  

À l’heure où l’intelligence artificielle (IA) s’impose dans les pratiques RH, le rôle des CRHA | CRIA ne se limite pas à adopter des outils innovants : il doit garantir que cette intégration respecte les principes déontologiques. L’article 19 du Code exige que les professionnels conservent leur indépendance, même en contexte technologique. L’IA ne doit jamais influencer indûment leur discernement ni les soumettre à des pressions externes. Les CRHA | CRIA doivent rester maîtres de leurs décisions et ne pas déléguer leur rôle critique à un algorithme.

Pour assurer une utilisation responsable, plusieurs actions s’imposent : se former aux applications et aux enjeux éthiques de l’IA, poser les questions nécessaires pour vérifier la fiabilité des données et des algorithmes, documenter les processus technologiques et collaborer avec des experts en IA, juristes et autres spécialistes. Cette démarche proactive permet de renforcer la gouvernance et de prévenir les dérives.

Dans les organisations, l’adoption d’un cadre d’utilisation éthique constituera un pilier essentiel. Ce cadre reposera sur cinq principes : transparence, en expliquant les algorithmes et leurs portées; équité, en prévenant les biais discriminatoires; responsabilité, en maintenant la décision humaine au cœur du processus; confidentialité, en protégeant les données confidentielles; et surveillance continue, en évaluant et adaptant régulièrement les systèmes. Intégré aux politiques internes et soutenu par des audits et des formations, un tel dispositif permettra d’assurer une utilisation de l’IA qui concilie l’innovation technologique et le respect des valeurs humanistes.

Créer des politiques internes qui façonnent l’avenir

L’IA représente une avancée majeure, mais elle ne peut pas se substituer, même partiellement au discernement, à l’éthique et à la rigueur professionnelle. En respectant les principes déontologiques, les CRHA | CRIA peuvent intégrer l’IA de façon responsable, en protégeant le public, en assurant la qualité des services et en préservant la dignité de la profession.

Cette démarche ne se limite pas à intégrer une technologie : elle ouvre la voie à un leadership éclairé. En plaçant l’éthique et la compétence au cœur de l’innovation, les professionnels RH deviennent des stratèges, capables d’influencer la gouvernance et de façonner la culture organisationnelle. L’avenir reste imprévisible et les ruptures technologiques inévitables. Pour demeurer pertinent, il faut rester curieux, vigilant et prêt à saisir les perspectives qui se dessinent. L’agilité, la veille continue et le bon sens ne sont plus des options, mais des atouts essentiels pour inspirer la confiance et guider le changement.


Bureau du Syndic Ordre des conseillers en ressources humaines agréés

Source : Revue RH, volume 29, numéro 1 ─ Janvier/Février/Mars 2026