Jusqu’à 80 % des travailleuses et travailleurs seraient motivés à changer d’emploi au cours des prochaines années afin de pouvoir augmenter leur salaire. L’augmentation salariale est en fait l’élément le plus susceptible d’inciter actuellement à quitter son employeur, loin devant l’équilibre travail-vie personnelle, les avantages sociaux ou des possibilités d’avancement professionnel. C’est ce que révèle un nouveau sondage Léger commandé par l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, qui a voulu comprendre les motivations de la main-d’œuvre alors que les activités de recrutement et de recherche d’emploi reprennent après le ralentissement habituel en saison estivale.
« Dans le contexte économique actuel, une progression de la rémunération incite assurément à la mobilité professionnelle. Les employeurs soucieux de retenir et de fidéliser leurs talents clés ont donc tout intérêt à bonifier et à affiner leurs pratiques de rémunération. Du côté des travailleuses et travailleurs tentés par l’herbe plus verte chez l’employeur voisin, ils doivent regarder l’ensemble des éléments, dont les avantages sociaux, les conditions de travail non monétaires et les pratiques de gestion pour s’assurer de ne pas perdre au change lorsqu’ils décident de changer d’emploi », commente la directrice générale de l’Ordre, Manon Poirier, CRHA.
Une augmentation salariale est l’élément principal qui motiverait un changement d’emploi, loin devant l’équilibre travail-vie personnelle et beaucoup d’autres considérations. Il est cité par 50 % des répondantes et répondants et il s’avère encore plus prépondérant chez les 18 à 34 ans (59 %) et chez les non-syndiqués (57 %). Quand on isole l’enjeu salarial, 80 % des répondantes et répondants indiquent qu’ils seraient incités à accepter un emploi chez un autre employeur offrant une augmentation de salaire. Cette proportion grimpe à 89 % chez les 18 à 34 ans. Chez les 55 ans plus, 25 % indiquent qu’aucune augmentation ne les ferait bouger, comparativement à seulement 4 % chez les 18 à 34 et 9 % chez les 35 à 54 ans.
Par ailleurs, les femmes sont plus enclines que leurs collègues masculins à rechercher des éléments de flexibilité au travail : meilleur équilibre entre le travail et la vie personnelle (18 %), réduction du temps de travail (17 %) et plus de flexibilité des horaires (13 %). Les hommes sont quant à eux plus enclins à rechercher un milieu de travail plus stimulant (15 %), une meilleure sécurité d’emploi (12 %) ou de nouvelles responsabilités (9 %).
Rétention : des conseils aux employeurs
Devant de tels résultats, l’Ordre recommande aux employeurs qui veulent agir pour retenir leur main-d’œuvre de porter une attention particulière à la rémunération, incluant :
- Offrir une rémunération globale équitable et en lien avec le marché ;
- Mieux communiquer les pratiques en matière de rémunération et la valeur réelle de la rémunération globale et implanter la transparence salariale ;
- Envisager la rémunération à la carte, en permettant à l’employé de choisir les modalités de certaines composantes de sa rémunération globale en fonction de ses besoins.
D’autres bonnes pratiques sont également de mise, notamment :
- Mettre en pratique les trois piliers de la motivation définis par la théorie de l’autodétermination : le besoin d’autonomie, d’appartenance et de compétence ;
- Soutenir l’équilibre entre le travail et la vie personnelle en offrant davantage de flexibilité sur le plan des horaires (horaires variables, horaires comprimés, réduction du temps de travail) et des lieux de travail (télétravail, mode hybride) ;
- Favoriser le développement de carrière en ciblant les intérêts professionnels de la main-d’œuvre et en discutant des occasions de progression au sein de l’organisation ;
- Miser sur le soutien et le développement des gestionnaires afin qu’ils puissent bien communiquer et maintenir avec les membres de leurs équipes les relations qui favorisent la fidélisation des employés.
Des conseils aux travailleurs : attention à ne pas perdre au change!
Les résultats incitent aussi l’Ordre à faire aux travailleuses et travailleurs qui ont la bougeotte quelques recommandations, notamment en matière de rémunération :
- Comparer la rémunération globale, plutôt qu’uniquement le salaire qui ne représente qu’une partie de la rémunération. Cela implique de s’informer sur la valeur des avantages sociaux, des modalités du régime de retraite, des vacances et autres congés, des formations payées, etc. ;
- Considérer l’ensemble des facettes financières d’un changement d’emploi : coûts additionnels associés au nouvel emploi (exemple : le transport), budget de transition entre deux emplois, risque associé au passage d’un environnement connu vers un nouvel environnement professionnel, etc. ;
- Négocier certaines conditions avant d’accepter un nouveau poste : vacances, horaire flexible, télétravail, remboursement des cotisations ou autres dépenses professionnelles, etc.
Au-delà des enjeux de rémunération, les travailleuses et travailleurs ont intérêt à :
- Réfléchir à leur plan de carrière ;
- Tenir compte d’éléments plus intangibles qui peuvent avoir une grande valeur : qualité de la relation avec la ou le gestionnaire immédiat et les collègues, climat de travail, culture organisationnelle, perspectives de développement des compétences, etc. ;
- Gérer les dernières semaines de travail adéquatement, si la décision de quitter un employeur est définitive.
Pour obtenir plus de détails sur ces conseils aux employeurs ainsi qu’aux travailleuses et travailleurs, consultez cette fiche.
Pour prendre connaissance des résultats détaillés du sondage mené pour l’Ordre par Léger, consultez ce rapport. Ce sondage a été réalisé du 31 juillet au 3 août 2026 auprès de 529 travailleuses et travailleurs (excluant les travailleurs autonomes).