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Nature et travail : s’inspirer de nos forêts

Après des mois enfermés à l’intérieur de nos habitations, les semaines d'été sont propices à faire des activités en plein air et à se rapprocher de la nature. Quel est donc ce besoin d’aller vers la nature?
30 juillet 2026
Nathalie Marceau, MBA, CRHA

L’été, avec ses vacances annuelles, est un des moments préférés des Québécoises et des Québécois (Sondage Léger : Journal de Montréal, 2021). Après des mois enfermés à l’intérieur de nos habitations, ces semaines sont propices à faire des activités en plein air et à se rapprocher de la nature. Quel est donc ce besoin d’aller vers la nature? Que nous apporte-t-elle?

Plusieurs recherches scientifiques s’intéressent à l’influence de la nature sur les émotions des personnes et une méta-analyse (Capaldi et al., 2014) résume les résultats qui font ressortir la présence d’un lien constant (mais tout de même faible) de la nature sur la qualité du bien-être en général.

Les études menées par Capaldi et al. (2014) ont révélé que les personnes ayant un lien plus fort avec la nature, indépendamment de leur âge ou de leur genre, présentent une tendance à ressentir un bien-être et une satisfaction accrus.

Dans une expérience récente, Yang et ses collègues (Yang et al., 2022) ont étudié des personnes exposées à la nature versus des personnes non exposées et leurs résultats montrent que cette exposition augmente le sentiment de bien-être par la satisfaction des trois besoins psychologiques de la motivation que sont les sentiments d’autonomie, de compétence et d’affiliation selon la théorie de l’auto-détermination (Deci & Ryan 2017). Ces personnes rapportent également des états d’esprit plus positifs et une meilleure satisfaction de la vie en général.

  • Les arbres existent sur terre depuis 350 millions d’années
  • 300 espèces différentes par hectare dans certaines forêts tropicales
  • Dans le sud du Québec, on recense rarement plus de 20 espèces par hectare

Et est-ce que la nature pourrait nous inspirer pour la gestion de nos organisations? « C’est une bonne idée », me dit Christian Messier, ingénieur forestier, professeur d’écologie forestière et de foresterie urbaine à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et en Outaouais (UQO), titulaire de la Chaire de recherche sur le contrôle de la croissance des arbres à l’UQAM et de la Chaire du Canada sur la résilience des forêts face aux changements globaux à l’UQO et cofondateur d’Habitat. Après les nombreux feux de forêt des dernières années, j’avais entendu, par les médias, que la résilience des forêts, pour se reconstruire après un tel événement, réside dans la diversité des espèces.

« C’est vrai pour la diversité », confirme Christian Messier. Les systèmes vivants (humains comme forestiers) sont basés sur des processus (photosynthèse, décomposition et prédation, dans le cas des forêts par exemple) qui, ensemble, permettent le bon fonctionnement du système (Walker et al., 2022). Et afin de pouvoir survivre sur le long terme, ces écosystèmes doivent avoir différents moyens de réagir et de faire face aux événements et perturbations comme des feux, de la sécheresse ou des vents (Walker et al., 2022). Quand une forêt est composée de plusieurs types d’arbres différents, grâce à leurs propres moyens de fonctionner, cela permet de couvrir un large spectre de caractéristiques nécessaires pour faire face aux situations.

« Un peu partout au Canada, on a des espèces qui sont adaptées au feu et, il ne faut pas s’inquiéter, les forêts vont se régénérer. Il y a des espèces qui ont coévolué avec les feux » selon l’ingénieur forestier. Il donne en exemple le pin gris qui dépend du feu pour se régénérer. Celui-ci a des cônes qui sont enduits de résine et qui ne s’ouvrent que lorsque la chaleur devient assez élevée. Sans feu, ils ne pourraient pas se régénérer. Lorsqu’il y a un feu, toutes les autres espèces sont détruites. Les cônes du pin gris tombent alors au sol, s’ouvrent et les graines sont libérées. Ils sont les premiers à germer, à croître et peuvent ainsi dominer rapidement le site.

Un autre exemple que nous donne le professeur Messier concerne les peupliers qui ne sont pas tués par les feux parce qu’ils ont des racines très profondes. Celles-ci vont produire rapidement des rejetons de racines et vont sortir et dominer rapidement les sites, donnant rapidement naissance à une nouvelle forêt. Par contre, les graines de sapin ou d’érable à sucre ne survivent pas aux feux. Si une forêt ne contient que ces espèces d’arbres, elle ne pourra pas se régénérer après un feu. La diversité fonctionnelle (c’est-à-dire la diversité de capacité à résister ou à répondre positivement aux perturbations) devient donc essentielle pour assurer le bon équilibre écologique de la forêt.

Les avantages de la diversité fonctionnelle des forêts et ses résultats sont bien étudiés scientifiquement (Messier et al., 2015). On ne peut s’empêcher de faire un lien avec les organisations, à l’inclusion et la diversité des perspectives et des manières de faire dans les milieux de travail. Une récente méta-analyse (Okatta et al., 2024) qui étudie la mise en place d’initiatives d’inclusion et de diversité dans les organisations répertorie une large gamme d’avantages qui vont de l’augmentation de la créativité, de l’engagement et de la satisfaction des personnes employées générant, à leur tour, des plus hauts degrés de performances organisationnelles.

J’avais aussi entendu dire que les arbres communiquaient entre eux et pouvaient s’entraider. « Ce n’est pas de la communication comme nous l’entendons en tant qu’être humain, mais il s’agit plutôt d’un échange d’informations », explique le professeur Messier. À travers toutes sortes de capteurs, les arbres peuvent mesurer la température, la lumière et même certaines substances chimiques qui sont émises par d’autres insectes ou par d’autres plantes. La capacité de reconnaître l’environnement qui les entoure et de s’y adapter permet aux arbres de faire leur place et d’y rester jusqu’à 800 ans parfois (comme pour le cèdre blanc au Québec). Sur la photo suivante, on voit une jeune pousse d’érable à sucre à l’ombre d’une dense forêt. La lumière étant faible, l’érable s’est adapté pour placer ses feuilles le plus horizontalement possible pour maximiser l’interception de la lumière. Dans la même photo, on voit aussi un chevreuil qui est une menace pour la jeune pousse d’érable. Celle-ci doit donc pousser en hauteur, hors de la portée du chevreuil, le plus rapidement possible pour éviter qu’il ne la broute.

Comme praticienne ou praticien RH | RI, le lien se fait avec la notion d’agilité qui est une des compétences transversales des CRHA | CRIA : « …capacité à évoluer dans un environnement ambigu, complexe et en changement perpétuel. Favoriser l’adaptation et la création de valeurs par le biais de boucles d’amélioration en s’ajustant notamment au contexte, aux gens et aux faits nouveaux. » (Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, s.d.). Moh’d et ses collègues (Moh’d, 2024), dans une revue systématique des études scientifiques sur l’agilité RH, ont recensé deux rôles principaux que jouent les professionnelles et professionnels RH dans ce domaine : favoriser des pratiques RH agiles et aider le reste de l’organisation à développer des pratiques agiles. Pour des effets bénéfiques, les résultats des études pointent vers l’introduction de petits changements plutôt que des changements radicaux (Moh’d, 2024). Tout comme pour les arbres!

Je ne rapporte ici qu’une petite partie de la fascinante conversation que j’ai eue avec Christian Messier à propos du comportement des arbres de la forêt. Un sujet fort passionnant qui mériterait d’être creusé davantage. Ce que je retiens, c’est que la forêt et les arbres ont trouvé des avantages importants à comprendre ce qui se passe autour d’eux, à diversifier les comportements, à s’unir à des espèces variées, à accueillir les différents organismes qui sont autour d’eux, et à tirer parti des complémentarités de chacun.

De quoi faire réfléchir lors de nos balades en forêt ou de nos interactions dans le monde du travail!

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Références


Author
Nathalie Marceau, MBA, CRHA Doctorante UQAM – Science technologie et société conseillère scientifique Ordre des conseillers en ressources humaines agréés

Source : Cahiers Science RH, volume 29, numéro 3 ─ Juillet/Août/Septembre 2026