ressources / revue-rh / volume-29-no-1

L’IA en RH et SST : apprivoiser une flamme qui éclaire sans brûler 

Comme le feu et selon l’usage qu’on en fait, l’IA peut réchauffer, protéger ou brûler. Bien maîtrisée, elle éclaire, soutient et accélère nos apprentissages. Mal encadrée, elle peut créer des angles morts.
20 mars 2026
Valérie Raymond, CRIA

Pour les CRHA ǀ CRIA, c’est une occasion concrète d’élargir notre rôle. Apprivoiser l’IA, c’est collaborer avec une intelligence complémentaire à la nôtre, capable de libérer du temps, d’améliorer nos analyses et de soutenir la santé organisationnelle, sans jamais remplacer notre discernement.

  1. Gagner du temps sans perdre l’essentiel

    Travailler en prévention dans un CIUSSS, c’est avancer dans un environnement imprévisible. Une journée peut inclure une enquête sur un accident de travail, des suivis de réaffectation, du soutien aux équipes, un comité SST et une formation. Souvent, tout cela se déroule en même temps, avec des enjeux humains derrière chaque demande.

    Dans ce contexte, l’IA est devenue un soutien précieux. Je pense à un lundi où je devais finaliser trois rapports d’enquête, préparer une présentation et rédiger un message de prévention. J’ai demandé à l’IA de m’aider à structurer mes idées. En quelques minutes, j’avais une base claire que je pouvais adapter à ma réalité terrain.

    Ce que j’y gagne dépasse le temps : c’est de la disponibilité mentale. Moins de temps à formuler, plus de temps pour écouter, accompagner et prévenir. L’IA m’aide à mieux transmettre le sens humain derrière les constats.

  2. Un levier de productivité numérique

    On associe trop souvent la productivité à la performance individuelle. En réalité, elle repose sur notre capacité à utiliser efficacement les outils à notre disposition. Dans le réseau de la santé, nous avons accès à Microsoft 365, SharePoint, Power BI, Power Automate, mais ces plateformes demeurent parfois sous-utilisées faute de temps ou de repères.

    L’IA agit comme un tremplin. Lorsque je veux structurer un tableau Power BI, créer un formulaire, écrire une procédure ou automatiser un suivi, je demande à l’IA de m’expliquer la démarche. Elle me propose des étapes, des modèles, des formules et des idées d’automatisation que je peux ensuite adapter.

    Ce processus repose sur la curiosité. Plus on questionne l’IA, plus elle devient un mentor numérique. Grâce à elle, plusieurs outils qui semblaient complexes deviennent accessibles. Cela améliore la communication, la cohérence des processus et la qualité des livrables : trois éléments essentiels pour rendre les milieux de travail performants et sécuritaires.

  3. Un soutien à la santé organisationnelle

    La SST couvre les risques physiques, mais elle englobe aussi la santé organisationnelle : climat, charge mentale, reconnaissance, communication. Ces enjeux demandent une lecture fine des signaux faibles.

    L’IA m’aide à élargir ma perspective. En analysant des extraits anonymisés de comptes rendus, de sondages ou de commentaires d’équipes, elle repère rapidement des tendances : surcharge, flous organisationnels, tensions relationnelles. Elle ne remplace pas mon discernement, mais elle agrège l’information et accélère l’analyse.

    Ces pistes structurent ensuite les discussions avec les gestionnaires et les comités SST. L’IA ne donne pas de diagnostic automatique : elle éclaire des zones qu’on peut ensuite valider sur le terrain. Elle devient ainsi un outil d’écoute organisationnelle.

  4. L’IA comme copilote : vigilance et éthique

    Utiliser l’IA en RH et en SST, c’est évoluer dans un territoire en transformation. Les possibilités sont grandes, mais les risques existent : confidentialité, exactitude, biais, dépendance technologique. L’IA apprend de ce qu’on lui transmet, d’où la nécessité de conserver notre posture critique.

    Je vois l’IA comme un copilote. Elle éclaire la route, mais ne conduit pas. C’est à nous de valider, de contextualiser et de décider.
    Pour les CRHA ǀCRIA, cela signifie :

    • protéger l’information confidentielle;
    • valider la cohérence et la rigueur;
    • vérifier les sources;
    • respecter la gouvernance interne;
    • replacer l’humain au cœur des décisions.

    Dans le réseau public, cette vigilance doit être soutenue par des balises claires : formation, transparence, gouvernance des données, bonnes pratiques technologiques. L’IA doit alimenter le dialogue humain, et non pas le remplacer.

L’IA comme soutien à la santé organisationnelle repère les tendances

  • Surcharge
  • Flous organisationnels
  • Tensions relationnelles

Conclusion : une nouvelle flamme dans nos pratiques

L’IA ne remplacera jamais la compétence, la sensibilité et le discernement humain qui font la force de notre profession. Mais elle transforme déjà notre façon de réfléchir, de collaborer et de soutenir les organisations.

Pour les CRHA | CRIA, c’est une invitation à la curiosité et à l’expérimentation. L’IA ne s’impose pas : elle s’apprivoise. Elle devient efficace lorsqu’on dialogue avec elle, qu’on la questionne et qu’on l’oriente.

Bien utilisée, elle libère du temps pour ce qui ne sera jamais automatisable : la relation humaine, la prévention durable, l’écoute, l’analyse fine, la créativité. C’est là que réside sa véritable valeur.

En intégrant l’IA avec vigilance et ouverture, nous allumons une nouvelle flamme dans nos pratiques, une flamme qui éclaire un futur du travail plus efficient, mais surtout plus profondément humain.


Author
Valérie Raymond, CRIA Conseillère prévention CIUSSS Saguenay- Lac-St-Jean

Source : Revue RH, volume 29, numéro 1 ─ Janvier/Février/Mars 2026