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Les OKR comme levier stratégique de performance : faire moins, mais mieux

Dans un contexte de surcharge croissante, comment concilier l’ambition stratégique et l’énergie humaine? La méthode OKR (« Objectives and Key Results ») offre une approche structurante pour clarifier les priorités.
14 novembre 2025
Sarah Girouard, CRHA | Marie-Élise Bouchard

Alors que les organisations sont appelées à « en faire plus avec moins », la tentation est grande d’intensifier le travail, en accumulant les initiatives et en repoussant les limites humaines au nom de la performance. Pourtant, cette course effrénée mène souvent à la dilution des résultats, à l’épuisement et, paradoxalement, à une moindre création de valeur.

Pour répondre à ce défi, la méthode OKR (objectifs et résultats clés) permet de définir des ententes claires, de se concentrer sur ce qui compte vraiment et de travailler en équipe pour optimiser l’effet collectif.

Un peu d’histoire…

Nés chez Intel dans les années 1970 pour traduire la stratégie en actions concrètes, les OKR ont été popularisés dans la Silicon Valley, notamment par Google, où ils ont contribué à la croissance rapide de l’entreprise. Depuis, de plus en plus d’organisations adoptent cette méthode pour accélérer l’alignement, l’exécution et l’apprentissage (Doerr, 2018).

Quelle différence avec les KPI?

Les OKR sont parfois confondus avec les KPI (« Key Performance Indicator », en français ICP pour indicateurs clés de performance), mais ils répondent à une logique différente. Un KPI est un indicateur quantitatif de performance qui mesure la « santé » organisationnelle. Les OKR combinent un objectif stratégique qualitatif, souvent ambitieux (le « quoi »), à plusieurs résultats clés mesurables (le « comment »).  

Ainsi, la portée stratégique des OKR tient au fait qu’ils dépassent la simple mesure de la performance : ils orientent l’action, mobilisent et soutiennent une dynamique d’amélioration continue. 

Le tableau ci-dessous résume leurs principales différences. La réalité est néanmoins plus nuancée, certains KPI pouvant servir de résultats clés dans un OKR, lorsqu’ils sont alignés sur une intention stratégique. 

Tableau 1 : Différence entre l’approche des OKR et les KPI 

KPI
OKR
KPI : – Mesurent la rentabilité; les KPI demeurent les mêmes à travers le temps.
– Évaluent la stabilité.
– S’appuient sur des résultats antérieurs ou des comparaisons avec le marché.
OKR : – Mesurent les résultats de projets transformateurs; les OKR changent régulièrement.
– Évaluent le progrès.
– S’appuient sur une vision et des ambitions futures.
Exemples
Exemples
Exemples KPI : – Revenus totaux
– Parts de marchés
– Marges de profit
Exemples OKR : Objectif : Lancer une innovation produit d’ici la fin du trimestre.

KR :
– 75 % des clients utilisent la nouvelle fonctionnalité.
– Score d’appréciation des clients : 9/10

Martins, 2025 : « OKR vs KPI : quelles différences? »

Une approche qui oblige à prioriser

La force des OKR est de traduire les choix stratégiques en actions ciblées. Ils incitent à prioriser et à concentrer les efforts là où ils auront le plus d’effet, ce qui crée une réelle valeur ajoutée. En valorisant la logique du « moins, c’est mieux » (Doerr, 2018), ils offrent un antidote à la dispersion et à la surcharge opérationnelle.

Le focus comme outil d’exécution

Les OKR recentrent les équipes sur l’essentiel. Souvent, la surcharge vient moins d’un manque de ressources que d’un manque de clarté. Résultat : trop de « priorités », du stress et un sentiment d’inefficacité. Les OKR créent un cadre pour dire « non » à ce qui n’entre pas dans les priorités, ce qui accélère l’exécution de ce qui compte vraiment.

Une communication transparente et responsabilisante 

Les OKR ne sont pas imposés de façon descendante. Ils favorisent un processus participatif où chaque équipe, voire chaque employé ou employée, définit ses objectifs en adéquation avec ceux de l’organisation. Leur transparence favorise l’engagement, l’alignement vertical et la collaboration inter équipes, tout en suscitant une culture de responsabilité partagée.

Une dynamique de progression, pas de pression

Les OKR ne sont pas destinés à sanctionner la performance individuelle ou à rendre des comptes, mais plutôt à échanger sur la progression, les obstacles et les correctifs nécessaires. Une culture d’amélioration continue émerge souvent avec cette approche, à condition qu’elle s’appuie sur un climat où l’initiative est encouragée et l’erreur perçue comme un apprentissage.

Les OKR

  • Nés chez Intel dans les années 1970
  • objectif : traduire la stratégie en actions concrètes
  • popularisés dans la Silicon Valley, notamment par Google

Intégrer les OKR sans rigidité

L’implantation des OKR doit s’adapter au contexte de l’organisation. Une approche rigide risque de nuire à leur pertinence.

Voici quelques principes clés pour les introduire :

  1. S’entendre sur des paramètres communs (nombre d’objectifs, durée du cycle, outils pour le suivi). Des modifications sont souvent nécessaires avant de trouver la formule adaptée à l’organisation. 
  2. Déployer de façon progressive. Ex. : commencer par des équipes pilotes.  
  3. Intégrer des pratiques d’adaptation (revue mensuelle ou trimestrielle) pour modifier les priorités, si nécessaire. 
  4. Ancrer les OKR dans la réalité organisationnelle pour servir les besoins de l’organisation, et non l’inverse. 

À titre d’exemple, voici quelques pistes de réflexion issues d’une expérience terrain. 

Tableau 2 : Quelques pièges et facteurs de succès dans une entreprise technologique québécoise

Pièges
Pièges : – Implanter les OKR sans adapter les rituels existants (en mode agile, risque de déconnexion des réunions de planification et des OKR)
– Gérer les OKR corporatifs et la stratégie produit — ou tout autre objectif par service — séparément (multiplication d’objectifs)
– Négliger la discipline que requiert l’alignement inter équipes (découragement après quelques cycles)
Facteurs de succès
Facteurs de succès : – Avoir un cycle de planification et d’exécution structuré, porté par la haute direction (rythme régulier et soutenu)
– Encadrer l’exécution par des moyens de communication organisationnels (adaptation en temps réel)
– Former les leaders et les équipes (adhésion et rigueur)
– Orienter les OKR sur l’effet du produit (ex. « réduire de 25 % le nombre de requêtes de soutien lié à une fonctionnalité » versus « livrer une amélioration avant la fin d’année ») (logique de création de valeur)

Créer les conditions d’une performance durable

Les OKR ne remplacent ni la vision, ni la culture, ni le leadership. Ils les soutiennent. Bien intégrés, ils instaurent une discipline collective, fondée sur la clarté et la responsabilisation. Ils décloisonnent les silos, renforcent l’engagement et recentrent la stratégie dans l’action quotidienne.

En ce sens, les OKR représentent un levier pour conjuguer ambition et soutenabilité.

Et si se surpasser, c’était justement de savoir en faire « moins, mais mieux »?

Références  

  • Doerr, J. (2018). Measure What Matters: How Google, Bono, and the Gates Foundation Rock the World with OKRs. Portfolio/Penguin.
  • Lamorte, B. (2022). The OKR field book : A step-by-step guide for objectives and key results coaches. Wiley.
  • Martins J. (14 juillet 2025). OKR : définitions, méthodes et exemples, pour adopter une stratégie gagnante. Asana. https://asana.com/fr/resources/okr-meaning
  • Wodtke, C. (2016). Radical Focus : Achieving Your Most Important Goals with Objectives and Key Results. Cucina Media.

Author
Sarah Girouard, CRHA Psychologue organisationnelle, fondatrice Déclic consultation

Author
Marie-Élise Bouchard Directrice des opérations Robotiq

Source : Revue RH, volume 28, numéro 4 ─ Octobre/Novembre/Décembre 2025