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Intégrer l’intelligence émotionnelle dans vos plans de développement individuels

Dans ses rapports sur les compétences, l'OCDE reconnaît les habiletés socio-émotionnelles parmi les meilleurs indicateurs de la réussite professionnelle à long terme. Regard sur l’utilisation optimisée des plans de développement individuels.
9 juin 2026
Julie Blainville, CRHA | Tania Laurendeau

L'intelligence émotionnelle (IE) a longtemps été reléguée au rang des qualités personnelles, un domaine qu'on reconnaît volontiers, mais qu'on structure rarement : les plans de développement individuel (PDI) continuent de privilégier les compétences techniques et les objectifs de performance quantifiables. Pourtant, ce sont souvent les comportements relationnels qui déterminent la qualité réelle du leadership.

Dans les organisations québécoises, la pression est réelle : changements en continu et en accéléré, gestion en mode hybride, stress élevé, charge émotionnelle en croissance, incivilités au travail, santé mentale fragilisée. Laisser les qualités émotionnelles hors des PDI, c'est ignorer une part entière du travail de gestion.

Une méta-analyse publiée dans le Journal of Vocational Behavior (Van Rooy & Viswesvaran, 2004), portant sur 69 études, confirme un lien positif entre l'intelligence émotionnelle et la performance au travail. L'OCDE, dans ses rapports sur les compétences, reconnaît les habiletés socio-émotionnelles (régulation émotionnelle, coopération), parmi les meilleurs indicateurs de la réussite professionnelle à long terme. Cette réalité rejoint ce que rapportent les employeurs canadiens : les talents transversaux priment sur les diplômes dans les décisions d'embauche et de promotion.

Intégrer l'IE dans les PDI, c'est aligner l'effort de développement sur ce que les gestionnaires vivent réellement.

Reconnaître les habiletés émotionnelles requises par le rôle

Un PDI efficace commence par une question précise : quels comportements ce gestionnaire doit-il maîtriser dans ses interactions? La rétroaction difficile, la gestion d'un conflit d'équipe, la reconnaissance sincère, la stabilité en période de tension… ces comportements demandent une posture émotionnelle précise et une gestion de soi, en amont.

C'est ici que le CRHA entre en jeu, en travaillant avec le gestionnaire pour cartographier les attentes comportementales liées à son rôle. Un référentiel de compétences organisationnelles, une matrice de rôle ou une rétroaction 360° donnent les repères nécessaires. L'objectif n'est pas de dresser un portrait psychologique, mais d'identifier les écarts entre les comportements actuels et ceux qui soutiendraient mieux le climat et la performance d'équipe.

Évaluer sans dériver vers la psychologie

Avant de fixer des objectifs, il faut savoir où le gestionnaire en est.
Plusieurs données sont déjà disponibles dans l'organisation : résultats de sondage de mobilisation, évaluations de performance, rétroaction de pairs. Ces sources offrent un portrait utile sans nécessiter d'outils supplémentaires.

Des grilles d'autoévaluation ou des outils psychométriques standardisés peuvent nourrir la réflexion. Une mise en garde s'impose : il ne s'agit pas de psychologie clinique. L’exercice doit rester centré sur des comportements observables, pas sur des traits de personnalité. Une conversation structurée entre le gestionnaire et son partenaire RH suffit à identifier deux ou trois axes de développement prioritaires.

Formuler des objectifs comportementaux et mesurables

C'est l'étape où les intentions deviennent des engagements.
Un objectif lié à l'IE doit décrire un comportement précis, ancré dans le contexte réel du gestionnaire. « Améliorer la communication » ne suffit pas. « Mener une conversation de rétroaction par mois en utilisant une structure claire et en laissant de l'espace à la réaction de l'employé », c'est observable et évaluable.

Les indicateurs peuvent être qualitatifs ou quantitatifs : qualité perçue des rencontres individuelles, réduction des incidents relationnels, résultats du prochain sondage de mobilisation, fluidité des projets transversaux. Les outils d'accompagnement varient selon les contraintes et les préférences : coaching individuel, codéveloppement professionnel, mentorat ou apprentissage expérientiel.

Ancrer les apprentissages dans le quotidien

L'intelligence émotionnelle se travaille en salle de formation et se développe dans les interactions du quotidien : la réunion qui déraille, la conversation difficile avec un employé en difficulté, la décision à prendre sous pression. Ça passe par la pratique!

La formation a une fonction précise dans le développement de l'IE : elle pose un cadre commun, crée un langage partagé au sein de l'équipe ou de l'organisation et amorce la prise de conscience nécessaire à tout changement de comportement. C'est une base utile, à condition que les apprentissages ne s'arrêtent pas à la sortie de la salle.

Le transfert vers les pratiques réelles demande un effort distinct. Tenir un journal d'observation après des situations marquantes, faire un debriefing court avec un pair ou un coach, nommer ce qui a bien fonctionné et ce qu'on ferait différemment : ces rituels simples sont ce qui consolide ce que la formation a mis en mouvement.

Le CRHA a un rôle de soutien continu : rappeler les engagements du PDI, créer des espaces de réflexion, ajuster les priorités si le contexte évolue.

Suivre et ajuster en continu

Un PDI sur l'IE ne se ferme pas après six mois. Le suivi doit être régulier, une conversation par trimestre centrée sur les comportements observés et les objectifs évolue au rythme de la progression réelle.

Les indicateurs qualitatifs comptent autant que les chiffres. Un gestionnaire qui décrit comment il a géré une situation tendue différemment qu'avant : c'est un signe tangible de progression, et il mérite d'être documenté au même titre qu'un indicateur de performance traditionnel.

Ce que le ou la gestionnaire peut faire dès maintenant

Choisir une attitude émotionnelle à travailler dans les prochaines semaines : observer les situations qui la mettent à l'épreuve, tester une stratégie différente, évaluer l'effet sur les personnes côtoyées. C'est un cycle court, réplicable et directement applicable dans n'importe quel rôle de gestion.

Le CRHA accompagne ce cycle en aidant à nommer les habiletés pertinentes, à définir des indicateurs observables et à sélectionner les méthodes de développement adaptées au contexte. Ce travail n'est pas un ajout au PDI, c'est ce qui lui donne de la substance.


Julie Blainville, CRHA Technologia

Tania Laurendeau Technologia

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