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Accompagner les gestionnaires dans la gestion des émotions en contexte de transformation : leviers pour les professionnels RH

En période de transformation, les gestionnaires portent la charge émotionnelle en double. Comment les professionnels RH peuvent-ils les soutenir efficacement pour qu’ils atteignent leurs objectifs?
5 mai 2026
Julie Banville, CRHA

Quand une organisation se transforme, la charge émotionnelle ne se répartit pas de manière uniforme. Les employés la ressentent, bien sûr, mais les gestionnaires la portent en double : ils absorbent les inquiétudes de leurs équipes tout en gérant les leurs. Le service RH se retrouve alors en position de soutien à ces personnes qui doivent simultanément maintenir la continuité opérationnelle et répondre à des questions auxquelles ils n’ont pas toujours de réponses.

C’est une position difficile et les professionnels RH qui ignorent cette tension, malgré leurs bonnes intentions, risquent de déployer des initiatives qu’ils perçoivent comme utiles, mais qui ne répondent pas au bon besoin. Car derrière chaque réaction émotionnelle se cache un besoin non comblé.

Les responsabilités des gestionnaires en période de changement

Les gestionnaires ont les mêmes responsabilités, même en période de turbulence.

  • Appliquer les politiques RH en vigueur, y compris celles qui concernent le mieux-être.
  • Gérer la performance, même quand l’énergie de l’équipe fluctue.
  • Maintenir un environnement psychologiquement sécuritaire.

À ces responsabilités s’ajoute la capacité, souvent négligée, à repérer les signaux faibles. La fatigue morale, le retrait progressif, le cynisme ou l’irritabilité sont des indicateurs avant-coureurs. Mais ce qui inquiète le plus les gestionnaires, c’est de ne pas savoir quoi faire ensuite. Si personne ne les accompagne dans cette étape, les signaux ignorés se transforment en absentéisme, présentéisme ou en conflit.

Le rôle du service RH : trois axes d’accompagnement

Outiller les gestionnaires pour qu’ils comprennent l’incidence du changement sur les comportements.

Pas de façon abstraite, mais de manière opérationnelle. Concrètement, il s’agit de leur fournir une lecture des signes d’une santé mentale fragilisée, des repères pour cerner les déclencheurs de stress, les manifestations d’une dérégulation émotionnelle et une posture d’écoute à trois niveaux :

  • factuel,
  • empathique,
  • contextuel.

→ Quand une ou un gestionnaire développe cette posture, les escalades émotionnelles diminuent. Les tensions entre collègues également, notamment parce que le gestionnaire est à même de valider ce que la personne lui exprime… et que cette dernière se sent entendue.

La régulation émotionnelle des gestionnaires eux-mêmes

Avant une annonce difficile, une ou un gestionnaire qui n’a pas pris le temps de se recentrer risque de transmettre son inconfort en même temps que son message. Il doit d’abord retrouver une posture constructive de gestion : débuter par une autorégulation du stress, deux minutes de préparation mentale, puis établir une liste anticipée des réactions probables de l’équipe, les besoins sous-jacents à ces réactions et les réponses adaptées.

→ Le critère de succès est simple : le gestionnaire maintient un discours cohérent, calme et bienveillant, et évite les réponses impulsives.

La communication

En période de transformation, le silence des gestionnaires est comblé par des rumeurs. Les RH ont la responsabilité de structurer des canevas de message, de définir une fréquence de rencontres de suivi et de s’assurer que la cascade d’informations est cohérente entre les gestionnaires et donc entre les équipes.

→ Ne pas avoir accès à l’information de façon continue, ou au bon moment, nourrit la méfiance, alors que la clarté perçue stabilise.

Quand et comment intervenir : situer les moments critiques

L’accompagnement RH se module selon les phases, et non pas de manière continue et générique. Il faut être à l’écoute des besoins de chaque personne, car nul n’évolue au même rythme.

Avant l’annonce

Le travail porte sur la préparation : canevas de communication, anticipation des réactions, harmonie des messages entre gestionnaires, écoute des inquiétudes.

Au moment de l’annonce

La présence terrain compte. Un coaching « juste à temps », une conversation de quinze minutes avant une réunion d’équipe, peut éviter un débordement émotionnel qui mettrait des semaines à se résorber.

Pendant la transition

L’observation active des RH permet de cibler les équipes ou les individus qui ont besoin d’un soutien particulier.

À l’étape d’intégration de nouvelles pratiques, on ne cherche pas à confirmer que tout est en place, on cherche à comprendre où en sont les gens. Comment est le climat en ce moment? Comment se portent les gestionnaires dans ce nouvel environnement? Quel est leur degré de confort avec les nouvelles manières de faire? Les réponses à ces questions orientent l’accompagnement possiblement nécessaire.

Risques fréquents et angles morts

Certains pièges s’installent graduellement, ce qui les rend difficiles à repérer. L’hyperrationalisation du changement en est un : quand les communications organisationnelles s’appuient uniquement sur des arguments logiques, les équipes se sentent incomprises, même si les arguments sont valides.

La sous-estimation de la fatigue décisionnelle des gestionnaires en est un autre. En contexte de transformation, le nombre de sollicitations augmente alors que l’énergie disponible diminue. Le stress soutenu sur de trop longues périodes génère de la désorganisation, peut réduire la capacité à se positionner clairement et, sur plusieurs semaines, peut affecter les piliers de la santé comme le sommeil et fragiliser progressivement la santé mentale. Ce glissement s’installe progressivement et est souvent rationalisé comme « faisant partie de la job ».

L’incohérence entre les politiques affichées et les comportements observés mine la crédibilité des initiatives RH. Idem pour les programmes de santé bien-être qui ne correspondent pas aux communications reçues de l’organisation, ou pour les non-dits qui proviennent de la culture interne.

Liste de contrôle pour professionnels RH

Avant de clore un cycle d’accompagnement, ces vérifications s’imposent :

  • Les gestionnaires ont-ils reçu les messages clés et savent-ils quoi dire à leurs équipes?
  • Disposent-ils d’un espace pour exprimer leurs propres préoccupations?
  • Les signaux faibles sont-ils repérés, partagés et suivis? Les gestionnaires ont-ils les outils pour les gérer eux-mêmes, de façon à développer leur courage managérial sans escalader vers les RH à chaque inconfort?
  • Les gestionnaires connaissent-ils les limites de leur rôle et les moments où l’escalade est nécessaire?
  • Les actions prévues, les rencontres, les communications et les suivis individuels sont-ils réalistes compte tenu de la charge actuelle?
  • Les incohérences entre les messages ou les décisions ont-elles été repérées et corrigées?
  • Les gestionnaires se sentent-ils outillés pour mener des entretiens individuels qui tiennent compte non seulement des tâches, mais aussi de l’état réel de la personne (son degré de stress, ses inquiétudes, sa charge émotionnelle) et pour bâtir avec elle un plan d’action intégrant ces dimensions?

Les gestionnaires ne manquent pas de bonne volonté en période de transformation; ils manquent souvent d’espace, de repères et d’un filet de sécurité pour soutenir leurs propres besoins. Les RH peuvent y jouer un rôle direct.


Julie Banville, CRHA Technologia

Source :
  • Norme nationale CAN/CSA-Z1003-13 / BNQ 9700-803 sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail — publiée en 2013, codéveloppée par la CSA et le Bureau de normalisation du Québec. Première norme nationale au monde sur ce sujet. Elle établit formellement l’obligation d’un environnement psychologiquement sécuritaire, applicable aux gestionnaires.
  • La Loi 27 (Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail), vise à mieux protéger les employés face aux réalités modernes du travail et à intégrer la santé mentale et les risques psychosociaux (RPS) dans les pratiques de prévention des entreprises.
  • Les publications et référentiels de compétences de l’Ordre des CRHA situent le soutien aux gestionnaires en contexte de changement comme une responsabilité directe des professionnels RH, particulièrement en matière de prévention des risques psychosociaux.