Le domaine de la santé et de la sécurité au travail est beaucoup plus vaste qu’on ne le croit, soulignent Cléo Ménard, CRHA, spécialiste de la question pour les Brasseries Sleeman, et Marie-Michelle Gouin, CRHA, professeure au certificat ainsi que responsable du microprogramme en gestion stratégique de la santé et sécurité au travail (2e cycle) à l’Université de Sherbrooke.
« On ne cesse jamais d’apprendre! » dit Mme Ménard, qui cite l’exemple d’une usine alimentaire : on doit avoir des connaissances sur les espaces clos, le travail à chaud, les équipements roulants, le travail en hauteur, la manœuvre des chariots élévateurs, etc. « Il y a tellement d’enjeux et de risques différents qu’on doit mettre de l’énergie un peu partout pour s’assurer qu’on a tout couvert. »
Devant l’impossibilité d’être expert en tout, il est recommandé de faire appel à d’autres spécialistes et à des collègues si le besoin se fait sentir, explique Marie-Michelle Gouin.
« On est des généralistes et c’est important de savoir reconnaître ses limites, indique-t-elle. Prenons l’exemple de la mise à jour d’un programme de mesures d’urgence (PMU) : on peut le coordonner, mais il peut être judicieux de faire appel à des gens externes à l’entreprise, comme le service de sécurité incendie, ou les organisations environnantes, pour l’élaboration d’un plan d’évacuation. »
Il faut en outre savoir s’entourer, poursuit celle qui est notamment spécialisée dans le retour des travailleurs à la suite d’une absence. « C’est ce que je vois chez mes étudiants et au sein des organisations que j’accompagne. Toutes les entreprises ont un PMU; est-ce qu’on peut s’inspirer de ce que les autres font pour s’adapter, pour améliorer nos pratiques? »
Savoir tisser des liens de confiance
Si une connaissance très large des différents enjeux liés à la santé et à la sécurité en milieu de travail est nécessaire, le savoir-être, lui, est essentiel pour bien se réaliser dans cette fonction, estiment les deux professionnelles. Elles ont toutes deux emprunté un détour par la psychologie avant de se tourner vers les ressources humaines.
« C’est important d’avoir de bonnes qualités humaines en premier, estime Cléo Ménard. Les connaissances peuvent être acquises avec de la formation et de l’expérience, mais savoir comment intervenir auprès des employés, créer des liens de confiance avec eux et avec la direction, c’est vraiment le plus important. Le reste va suivre. » Elle insiste d’ailleurs sur l’importance d’aller « sur le plancher » pour échanger avec les travailleurs et les travailleuses.
Même son de cloche du côté de Marie-Michelle Gouin. « La santé et la sécurité au travail, c’est vraiment un travail d’équipe, dit-elle. Tout le monde doit mettre l’épaule à la roue si l’on veut que les meilleures pratiques fonctionnent. Dans certains milieux où je suis amenée à intervenir, le défi est de tisser ces liens entre toutes les parties prenantes. »
Prévenir, plutôt que d’éteindre les feux
La collaboration de l’ensemble des membres de l’équipe de travail est essentielle, soulignent les conseillères en ressources humaines agréées.
« Ce qui est triste, c’est lorsque la direction est un peu moins engagée. C’est difficile de faire vivre la santé et la sécurité au travail au quotidien dans ces entreprises, déplore Marie-Michelle Gouin. Parfois, entre la théorie et la pratique, il y a de grosses différences, et elles sont attribuables à la volonté. »
Elle donne en exemple une entreprise hôtelière s’étant dotée d’une procédure impeccable pour encadrer l’utilisation de chlore dans la piscine, mais qui n’était ni appliquée ni respectée, devenant ainsi inutile.
« Si l'on est pressé, qu’on repousse toujours à plus tard l’application des plans de santé et sécurité au travail, des problèmes finiront par survenir, alors que les plans ont justement pour objectif de les éviter. On ne peut pas simplement éteindre les feux au fur et à mesure qu’ils se déclarent », relève la professeure.
« Beaucoup d’entreprises vont investir dans la prévention en réaction à leur niveau de risque et d’accidents, souligne Cléo Ménard. Cela aide, bien sûr, mais notre tâche est grandement facilitée lorsqu’une entreprise est prête à investir du temps, de l’argent et de l’énergie en amont. »
Savoir qu’un milieu de travail est désormais plus convivial et sécuritaire est une grande source de valorisation et de fierté pour ces spécialistes.
« Ce que j’aime le plus, c’est de voir la différence entre le début et la fin, dit Marie-Michelle Gouin. Les gens appliquent la méthodologie d’intervention, ils repartent avec une manière plus efficace de fonctionner et cela les fait progresser dans leurs carrières respectives. »