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L'enjeu de l'intégration professionnelle des immigrants

La question de l’intégration professionnelle des immigrants mobilise beaucoup les ordres professionnels depuis un an. Ceux-ci sont interpellés par un gouvernement qui a clairement fait de cet enjeu une de ses grandes priorités. Et on le conçoit bien. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qualifiée, de vieillissement de la population et du faible taux de natalité, la voie de l’immigration est un enjeu économique important pour l’essor du Québec, qui doit par ailleurs faire concurrence à de nombreux pays pour attirer des talents étrangers.
1 novembre 2017
Manon Poirier, CRHA

Les ordres professionnels sont fréquemment pointés du doigt comme étant le frein à l’intégration professionnelle des travailleurs immigrants ; on connaît tous l’anecdote du médecin devenu chauffeur de taxi, n’ayant pas obtenu de permis d’exercice de l’ordre concerné. En fait, vous vous en doutez, c’est plus complexe que ça.

Les ordres ont le mandat d’établir si un professionnel formé à l’étranger a les compétences nécessaires pour exercer sa profession au Québec, ce qui n’est pas chose simple. S’il y a des écarts à combler, on prescrit au candidat un examen, une formation ou des stages. Et c’est là que les choses se compliquent, car il faut, d’une part, que le système d’éducation collégiale et universitaire puisse accueillir ces candidats et leur offrir le parcours prescrit, et d’autre part, que les employeurs acceptent et soient capables d’encadrer les stages et de valider l’acquisition des connaissances requises. Donc, à qui la faute? Personne. Tout le monde.

Heureusement, depuis peu, tous les ministères sont mobilisés sur la question. Les tables de concertation et les consultations se multiplient. On injecte des sous nouveaux. De ces échanges et de cette volonté politique, nous espérons des résultats. Mais en l’absence d’un leadership fort, d’une imputabilité claire et des objectifs mesurables, il y a fort à parier que nous avancerons peu, ou trop lentement.

Dans ce débat, une évidence demeure : une partie des changements passeront par nous, CRHA et CRIA. Nous sommes en mesure d’établir des processus de dotation justes, qui écartent la discrimination. Nous avons les compétences et des moyens concrets pour faciliter la diversité et l’inclusion dans les milieux de travail. Et c’est sur ce volet que je vous interpelle, afin de réduire l’écart entre le taux d’emploi des professionnels et autres travailleurs issus de l’immigration et celui des personnes formées au Québec. Il nous appartient d’influencer les pratiques et de convaincre les gestionnaires et autres responsables de l’embauche que le premier emploi qualifié au Québec pour un immigrant peut bel et bien être au sein de notre organisation. Que oui, il faut investir temps et énergie, car ce n’est pas parce qu’on parle la même langue ou qu’on a réussi à la maîtriser que les différences culturelles s’estompent ; qu’il faut faire connaître ces différences, les expliquer, les démystifier, plutôt que prétendre qu’elles n’existent pas.

Agissons là où nous avons un réel pouvoir de faire la différence.


Author
Manon Poirier, CRHA Directrice générale Ordre des conseillers en ressources humaines agréés

Comptant plus de 25 ans d’expérience dans le domaine des ressources humaines, Manon Poirier, CRHA occupe, depuis 2016, le poste de directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, organisation dont la mission est de protéger le public et d’encadrer la profession des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA) et des conseillers en relations industrielles agréés (CRIA).

Femme engagée, elle a la réputation de contribuer à faire émerger le meilleur des organisations et des équipes avec lesquelles elle travaille. Avant de se joindre à l’Ordre, Manon Poirier a occupé le poste de vice-présidente, Ressources humaines aux YMCA du Québec.

Manon Poirier est diplômée en droit de l’Université de Montréal. Titulaire d’une maîtrise en sciences de l’administration de l’Université Laval et d’un diplôme d’études supérieures en gestion de HEC Montréal, elle siège à de nombreux comités où son expertise du monde du travail est largement mise à profit. Très active au sein de la communauté, elle a également été membre du conseil d’administration de TDH pour les enfants et de La Relance Jeunes et Familles.

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Source : Revue RH, volume 20, numéro 4, novembre/décembre 2017