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Le plaisir au travail : mission possible

Rappelez-vous la dernière fois où vous étiez tellement absorbé par ce que vous faisiez que le temps semblait suspendu. Vous étiez alors en état de flow, ce que les sportifs appellent « être dans la zone ». Cet état peut être atteint au travail. Voici l’analyse d’un phénomène positif. 

23 novembre 2009
Jacques Forest, CRHA

Le psychologue « positif » hongrois Mihalyi Csikszentmihalyi a réalisé les premières études sur l’état de flow au cours des années 1970, et ce, afin de mieux comprendre le plaisir ressenti par les individus pratiquant les arts ou la musique, en l’absence de renforcement extérieur.

Cet état psychologique a été baptisé flow par Csikszentmihalyi, car la plupart des individus disaient, en décrivant ces épisodes, que tout coulait de source. En anglais, «  it flows »… 

Les trois principes de base

Voici les trois principes de base pour connaître le flow au travail :

1. Le plaisir ne vient pas seul, il demande des efforts soutenus et dirigés.

Le plaisir n’est pas un état passif, mais bien une démarche de quête de soi, plus ou moins ardue, où l’individu doit chercher activement à connaître les valeurs donnant un sens à son travail et, en définitive, à sa vie. Ce n’est qu’après s’être imposé un interrogatoire en règle par lui-même qu’il sera en mesure de faire le bon choix d’employeur, de carrière ou de champ d’études. 

2. Pour éprouver du plaisir, il doit y avoir adéquation entre les valeurs, et les capacités de l’individu, et les tâches qu’il exécute.

Lorsque quelqu’un est bien adapté à son travail, on dit en langage courant, qu’il « fit ».En psychologie, on parle d’adéquation, d’équilibre, de résonance, de consistance ou encore d’harmonie. Mais comment choisir un emploi qui nous correspond bien? Il est souhaitable de percevoir son travail comme une vocation. Make your vocation your vacation, suggère un dicton anglais. La recherche de sens arrive donc première, devant l’argent et la carrière. En milieu de travail, les bénéfices de cette motivation intérieure sont impressionnants. Les individus sont en meilleure santé physique, ont moins de pensées négatives et ont un meilleur rendement.

3. Pour éprouver du plaisir, on est appelé à se mettre au défi, à tester ses limites.

Il est très important de bien jumeler compétences et tâches. Un défi trop élevé génère anxiété et stress, alors qu’un défi qui n’en est pas un, suscite ennui et apathie.

Aussi, contrairement à la croyance courante, les individus auraient souvent plus de plaisir au travail que dans leurs loisirs. En effet, lorsque le travail leur permet d’utiliser leurs compétences de manière optimale, ils peuvent y expérimenter des épisodes intenses d’absorption, de concentration et de plaisir.

Comment entrer dans le flow

Le psychologue américain Robert Harmison a démontré qu’il est possible d’exercer le « muscle » de la performance psychologique. Selon ce même chercheur, les techniques d’entraînement psychologique en sport sont facilement transférables au monde du travail, il s’agit :

  • De la préparation optimale;
  • De la perception positive de la performance;
  • De la focalisation sur la tâche;
  • De la confiance et une attitude positive;
  • Des interactions positives avec les collègues, etc.

Les organisations appliquant ces principes pourraient trouver là un avantage concurrentiel indéniable.

Le plaisir au travail augmente le bien-être, est contagieux et semble pouvoir prévenir les problèmes de surmenage professionnel. Cependant, ce plaisir est un état transitoire et bien que certaines méthodes puissent favoriser et stimuler cet état, elles exigent de la volonté et ne sont pas infaillibles. Il faut donc nourrir des attentes réalistes.

Bref, il est possible d’avoir du plaisir au travail, à condition d’y mettre des efforts adéquatement soutenus, dirigés et encadrés. Comme Confucius l’a si bien dit, « La personne qui prend plaisir à travailler ne travaillera plus jamais. » 

Les applications pratiques

  • Le professionnel de la gestion des ressources humaines doit s’assurer de fournir des ressources appropriées aux employés (p. ex., des formations pertinentes, des outils adéquats, des logiciels efficaces, etc.) et d’adapter les attentes aux compétences des travailleurs. Ceci permet en partie de chasser du paysage les obstacles au plaisir au travail.
  • Il doit s’assurer du meilleur appariement entre les compétences, les forces et les qualités des travailleurs sélectionnés à l’aide de tests valides et éprouvés.
  • Le gestionnaire et le professionnel de la gestion des ressources humaines peuvent s’assurer de stimuler les compétences des travailleurs en adaptant le défi de chaque employé pour qu’il soit stimulant, sans être trop anxiogène (défi trop élevé) ou ennuyeux (défi trop faible); c’est ce que les Américains appellent le « skill-stretching ».

À propos de l’auteur

Jacques Forest, Ph. D., est professeur à l’ESG-UQAM, CRHA et psychologue organisationnel. Il agit à titre de conférencier et consultant expert en entreprises sur les questions de motivation au travail, de passion du travail, de santé psychologique et de fonctionnement humain optimal. On peut le joindre au 514 987-3000, poste 3310 ou à forest.jacques@uqam.ca.


*Cet article est une adaptation pour l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du texte du même auteur Si le travail est plaisir, la vie sera joie ayant été primé lors du concours de vulgarisation scientifique 2006 de l’Association Francophone pour le Savoir (ACFAS), publié dans le journal Le Soleil en 2006 de même que dans Psychologie Québec en 2008.

Jacques Forest, CRHA