Les travailleurs sont plus que jamais incités à utiliser les technologies pour offrir leur prestation de travail. Que ce soit par le biais de leur téléphone intelligent, la visioconférence, les courriels ou encore les différentes plateformes collaboratives, les travailleurs ont désormais maintes possibilités de rejoindre leurs collègues, employés, clients et gestionnaires. Bien que cet environnement renouvelé comporte de nombreux bienfaits, il apporte également son lot de défis tels que les problèmes de connectivité, les dysfonctionnements informatiques ainsi que les conflits interpersonnels. Ces défis peuvent être source de risques psychosociaux et engendrer des problèmes de santé mentale au travail. Connaître ces risques et intervenir sur ceux-ci s’avère primordial.
L’utilisation des technologies peut avoir d’importantes répercussions sur la santé psychologique des travailleurs. Alors que les frontières entre la vie professionnelle et la vie personnelle sont brouillées puisqu’il est dorénavant possible de travailler partout et en tout temps, les travailleurs se heurtent plus que jamais à des difficultés à se détacher du travail et à concilier travail et vie personnelle. Bien que la technologie permette de recevoir rapidement les demandes associées au travail (qu’elles proviennent du gestionnaire, des collègues ou des clients), ces demandes entraînent trop souvent un sentiment de surcharge en plus de causer plusieurs interruptions. Il n’est effectivement pas rare que, pour une même demande, trois messages soient envoyés (un courriel, un message texte et un clavardage). La quantité d’information générée, les nombreuses interruptions et la constance de la sollicitation font en sorte d’augmenter les risques de vivre de la détresse psychologique et, à plus long terme, de l’épuisement professionnel.
Dans ce contexte d’utilisation accrue des technologies, il importe que les professionnels RH soient bien sensibilisés aux risques psychosociaux qui y sont associés, et ce, afin d’être mieux outillé pour accompagner les travailleurs. Ainsi, en plus d’une charge de travail alourdie et de difficultés à préserver leur équilibre travail-vie personnelle, les travailleurs peuvent percevoir un manque de contrôle et d’autonomie sur leur travail et subir davantage de conflits relationnels dans leurs interactions virtuelles. Les professionnels RH gagnent ainsi à intervenir sur différents facteurs de protection pour réduire les effets négatifs de la technologie sur la santé des travailleurs. Le modèle IGLO (individu-groupe-leader et organisation) peut être utile pour intervenir sur plusieurs plans (Nielsen et al., 2017).
Au plan individuel
Les professionnels RH doivent sensibiliser les travailleurs sur les actions qu’eux-mêmes peuvent poser pour protéger leur santé. Cette sensibilisation passe par la prise de conscience des habitudes de travail. Par exemple, il faut remettre en question l’habitude de consulter les courriels les soirs, les week-ends ou en vacances. Pourquoi le fait-on et est-ce vraiment nécessaire? Le professionnel RH gagne à rappeler l’importance de prévoir des moments de pause et de détente loin des appareils électroniques. Se détacher du travail est primordial, car une bonne récupération est nécessaire pour diminuer les réactions négatives causées par les risques psychosociaux. Offrir des formations sur la saine utilisation des technologies et sur les risques de dépendance numérique permet aux travailleurs de prendre conscience du stress induit par les technologies, de ses conséquences, mais aussi de leur pouvoir d’agir.
Sur le plan du groupe
Les professionnels RH gagneraient à sensibiliser les travailleurs aux normes sociales en vigueur au sein de l’organisation. Les normes sociales (Chatman & O’Reilly, 2016) réfèrent aux règles de conduite dans une organisation (ce qu’on peut faire ou non). Dans le cas de l’utilisation des technologies, les attentes des collègues quant à la disponibilité au travail et en dehors du travail est une discussion nécessaire à avoir. Il est aussi essentiel de mettre des balises claires notamment sur le temps accordé pour le retour des courriels/textos/clavardage. Le rôle du professionnel RH est de bien préparer le gestionnaire à avoir des discussions avec son équipe sur l’utilisation des technologies afin d’amener ceux-ci à créer des normes d’utilisation de la technologie qui seront saines pour tous.
Sur le plan du leader
Le rôle du professionnel RH est de sensibiliser les gestionnaires aux risques psychosociaux associés à l’utilisation des technologies, notamment sur les dangers de la connectivité constante et sur leur droit à la déconnexion. Puisque le gestionnaire est parfois vu comme un modèle, il peut exercer, sans le vouloir, une pression sur les travailleurs pour que ceux-ci restent connectés et disponibles en dehors des heures de travail. Certains employés peuvent ainsi rester connectés, car ils valorisent leur relation avec leur supérieur ou parce qu’ils souhaitent avoir une promotion. Si le gestionnaire envoie des courriels le soir, certains employés pourraient penser qu’il est normal de répondre à ses courriels en dehors des heures de travail ce qui peut conduire à l’instauration, au sein de l’organisation, d’une culture de connectivité constante. Donc, il est dès lors essentiel que les professionnels RH puissent outiller les gestionnaires afin qu’eux aussi puissent prendre conscience du stress induit par l’utilisation des technologies.
Au plan organisationnel
Les professionnels RH peuvent mettre en place une politique organisationnelle qui précise clairement quelles sont les attentes en matière de disponibilité et de connexion. Il est important d’être explicite dans la formulation de cette politique. Les professionnels RH doivent aussi participer à l’évaluation des outils technologiques utilisés par les employés. Est-ce que ceux-ci sont toujours adéquats? Sont-ils pertinents? Sont-ils en nombre suffisant? Mais surtout, est-ce que les travailleurs possèdent les compétences pour les utiliser? L’évaluation des compétences technologiques est un enjeu fondamental pour les organisations d’aujourd’hui et il revient au professionnel RH de s’assurer que cette évaluation soit faite afin d’intervenir et d’investir dans le développement des compétences technologiques. Finalement, il est important de mettre en place une politique permettant de considérer l’apport technologique dans l’évaluation de la charge de travail des employés, c’est-à-dire d’inclure le temps de gestion des courriels, mais aussi le nombre de rencontres virtuelles, par exemple.
Pour conclure
Le professionnel RH joue un rôle central pour sensibiliser les différents acteurs organisationnels quant à leur responsabilité pour que la technologie demeure un allié au service du bien-être et de l'efficacité au travail.
Références
- Chatman, J.A., & O’Reilly, C.A. (2016). Paradigm lost : Reinvigorating the study of organizational culture, Research in Organizational Behavior, 36, 199-224.
- Nielsen, K., Nielsen, M. B., Ogbonnaya, C., Känsälä, M., Saari, E., & Isaksson, K. (2017). Workplace resources to improve both employee well-being and performance: A systematic review and meta-analysis. Work & Stress, 31(2), 101-120.