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L’équipe et les risques psychosociaux : éden ou enfer?

L’équipe peut contribuer à la diminution des risques psychosociaux. Cet article aborde comment les équipes, par leurs dynamiques relationnelles, peuvent aider à créer du soutien mutuel en prévention ou en mitigation des risques psychosociaux.
30 avril 2024
Louise Charette, CRHA

L’équipe peut grandement contribuer à la diminution des risques psychosociaux. Cet article présente en quoi cela est possible. Nous abordons comment les équipes peuvent aider à créer du soutien mutuel en prévention ou en mitigation des risques psychosociaux. C’est au cœur des dynamiques relationnelles, au sein même des équipes ou des collectifs de travail que vont se jouer les conditions nécessaires au développement d’une éthique au travail.[1]

L’équipe et les risques psychosociaux : éden ou enfer

Le travail dans nos organisations repose sur les personnes et leurs interactions. Quand nous parlons des risques psychosociaux (RPS), nous évoquons les interactions et les attitudes entre les différents acteurs de l’organisation.

Cet article aborde un à un les RPS en lien avec les pratiques pouvant être implantées dans les équipes pour prévenir ou mitiger les RPS et ainsi créer des équipes matures. Quand plusieurs de ces pratiques sont présentes, on a une super équipe. Quand plusieurs de ces agissements sont absents ou même à l’opposé, cela devient un enfer.

La charge de travail

La clarification des rôles et responsabilités donne des balises quant aux tâches à effectuer. Lorsque le travail n’est pas clairement réparti, cela peut avoir pour effet d’augmenter le sentiment de devoir en faire plus et ainsi, la perception de surcharge. Le soutien et l’entraide entre les membres de l’équipe permettent la détermination des priorités afin que la charge de travail ne génère pas un sentiment d’impuissance face à la tâche. Dans une équipe mature, on y retrouve une capacité de flexibilité dans les tâches et une utilisation optimale des compétences.

L’autonomie décisionnelle

L’autonomie décisionnelle peut être considérée sous deux angles. Le premier confère à la personne qui fait ses tâches d’avoir le sentiment de faire des choix dans sa sphère décisionnelle. Le second angle est celui de l’autonomie décisionnelle de l’équipe comme entité. Il s’agit là d’un équilibre entre la personne et l’équipe. Le sentiment d’appartenance, de soutien et de partage du poids du travail avec les collègues contribue à maintenir cet équilibre. L’autonomie est différente de l’indépendance. L’autonomie décisionnelle est importante pour sentir que nous avons un certain pouvoir sur notre travail. Cependant, si je ne me préoccupe pas des autres, je risque de nuire à d’autres. Les membres d’une équipe mature ont intégré les buts et connaissent ce qu’il faut faire et ne pas faire. Ils s’investissent en donnant le meilleur d’eux-mêmes.

La reconnaissance au travail

Outre les conditions de travail, la santé psychologique repose en partie sur la bienveillance au sein de l’équipe. La reconnaissance de la part des pairs est des plus importantes. Les collègues qui se reconnaissent mutuellement contribuent à soutenir l’estime, le sentiment de compétence et d’affiliation. Ressentir l’estime en tant que personne et pour ce que l’on fait, favorise les sentiments d’appartenance et de compétence au sein de l’équipe. La reconnaissance réduit le sentiment de subir un jugement et contribue à une plus grande facilité d’expression. Être en zone sécuritaire pour parler de ce que l’on ressent génère un sentiment de compréhension et de soutien. Une équipe mature est en mesure de soutenir des communications basées sur le dialogue vrai de manière à être efficace par un langage commun tout en ayant des discussions tant sur le fonctionnement que la dynamique de l’équipe.

Le soutien social de la personne directement responsable

Le soutien social du supérieur immédiat qui se manifeste par des rétroactions bien ciblées et au bon moment contribue à créer l’espace sécuritaire pour bien fonctionner sans faire appel à ses mécanismes de défense. Pour la personne en position de gestion, le fait de reconnaître ses propres limites, donne l’exemple et tend à soulager les membres de l’équipe de la pression de tenter d’être parfait. Cela ne signifie pas que chacun ne doive pas donner le meilleur de soi, mais l’acceptation de qui l'on est fait du bien. Célébrer les succès et se soutenir dans les difficultés sur le plan collectif aide les membres de l’équipe à vivre l’acceptation et la reconnaissance. Au-delà de la politesse, respecter les membres de l’équipe dans leurs forces et différences est fondamental. C’est en partie le soutien du supérieur qui facilite la maturation d’une équipe.

Le soutien social des collègues

Donner un temps d’échange entre les membres de l’équipe permet de parler des difficultés et des stratégies gagnantes dans la réalisation du travail. Cela encourage la reconnaissance mutuelle dans la pratique du travail, de se sentir moins isolé, plus inclus. Lorsqu’il est permis de s’entraider et de s’appuyer dans les moments plus difficiles, cela génère une solidarité qui contribue à créer un espace sécuritaire. Dans une équipe mature, on retrouve une cohésion optimale qui permet d’harmoniser les efforts et les membres ont conscience d’avoir besoin les uns des autres. De plus, les procédures deviennent des balises plutôt que des règles rigides. L’équipe devient agile et s’adapte selon les situations.

L’information et la communication

Les rencontres régulières d’équipe qui permettent de partager l’information et de donner des repères à tous. Cela facilite la communication en limitant la surinformation. Se parler et faire des résumés ou des synthèses sert de soutien à la mémoire de l’équipe. Partager les préoccupations et rechercher collectivement des solutions demande du temps, mais en fait également gagner. Les membres d’une équipe mature ont le sentiment de pouvoir communiquer librement, de prendre des décisions par consensus et d’être pleinement créatifs. De plus, une équipe mature est accueillante et ouverte face à de nouvelles personnes et accepte les différences.

En conclusion

La mise en place des valeurs comme la bienveillance, le soutien mutuel, la liberté d’expression respectueuse, l’entraide, la reconnaissance, la communication en continu, l’acceptation des différences, etc. sont des comportements qui contribuent à la diminution des RPS.

Favoriser la maturation d’une équipe, c’est contribuer à la mitigation des RPS.

Bibliographie


Author
Louise Charette, CRHA c. o., présidente-directrice générale Multi Aspects Groupe inc.

Source : Revue RH, volume 27, numéro 2 ─ AVRIL MAI JUIN 2024

  1. Dejours (2013)