Semaine de la santé mentale 2022

Quelques balises pour préserver la santé mentale de vos équipes

Quelles sont les bonnes pratiques à instaurer au sein des organisations pour préserver la santé mentale des équipes de travail?
2 mai 2022
Ordre des conseillers en ressources humaines agréés

La santé mentale des travailleurs et travailleuses est ébranlée par la pandémie et toutes les restrictions sanitaires qu’elle entraîne. Une personne sur trois confiait souffrir de détresse psychologique, selon une étude de l’Observatoire sur la santé et le mieux-être au travail publiée en mars 2021. Dans ce contexte, quelles sont les pratiques idéales à instaurer au sein des organisations? Éric Provencher, CRHA, psychologue organisationnel et fondateur d’HUMANA Conseil, fait le tour de la question.

Les gestionnaires ainsi que les membres du personnel doivent d’abord reconnaître que la santé psychologique au travail est une responsabilité partagée. Les organisations ont tout intérêt à mettre en place de bonnes méthodes de gestion ainsi que des programmes qui favorisent le mieux-être de leur personnel. De leur côté, les membres du personnel doivent apprendre à prendre soin d’eux.

« Le milieu de travail est tout simplement un autre environnement dans la vie des gens, souligne Éric Provencher. On ne veut pas les culpabiliser, mais ils ont quand même une responsabilité. Bien souvent, les personnes à risque sont celles qui ont d’autres facteurs de stress en dehors du travail. »

Par où les organisations peuvent-elles commencer pour contribuer à la préservation de la santé psychologique de leur personnel? Elles ont tout à gagner à procéder avant tout à une réflexion. Cette étape d’analyse et de consultation auprès de l’ensemble du personnel s’avère essentielle pour coordonner toutes les initiatives envisagées.

 « Bien souvent, les organisations sont bien intentionnées, mais il y a trop d’actions isolées, à la pièce », constate le spécialiste des RH. Il souligne l’importance de concevoir un plan en collaboration avec tous les membres de l’organisation, qui deviendra par la suite une référence.

Dans sa pratique, le psychologue organisationnel se réfère à un modèle à trois paliers d’intervention : l’élimination des sources de stress, la limitation des conséquences et la mise en place d’outils de traitement et de réhabilitation. Et les responsables RH jouent en quelque sorte un rôle de chef d’orchestre dans tous les efforts consentis par une organisation pour promouvoir la santé mentale.

En plus de veiller à ce que les rôles et les responsabilités de l’ensemble du personnel soient clairs, ces professionnels s’assurent que les programmes de formation sont appropriés et rigoureux. Ils prennent le pouls du moral des troupes au moyen de sondages internes ou de groupes de discussion. En cas de besoin, ils organisent des séances de coaching relationnel et comportemental pour les gestionnaires. Et pour favoriser un climat organisationnel positif, ils conseillent l’organisation sur la meilleure façon d’aborder la santé mentale.

Éliminer les sources de stress 

Parmi les sources de stress fréquemment observées en milieu de travail, il y a l’ambiguïté, qui est une véritable bête noire de bien des équipes en télétravail. Il est primordial de préciser la mission de chacun ainsi que les objectifs à atteindre.

« C’est crucial, car bien souvent, il y a des ambiguïtés dans les rôles et des chevauchements qui causent alors des conflits, note le fondateur d’HUMANA Conseil. En télétravail, ce n’est pas comme quand notre bureau est à côté de celui de notre collègue et que l’on peut simplement lui poser une question pour clarifier les choses. »

Pour éviter les imbroglios, de plus en plus d’organisations planifient de courtes réunions journalières. Il s’agit d’un bon moyen de valider les tâches et les priorités de la semaine, selon Éric Provencher.

Ces rencontres assurent en outre la communication entre les membres de l’équipe. S’il n’y a pas d’échange sur une base régulière, l’information circule peu ou pas, et leur stress risque d’augmenter.

« Pour le gestionnaire, ces entretiens permettent aussi d’offrir de la reconnaissance, du soutien et de la rétroaction, ajoute le psychologue organisationnel. Ce lien entre le gestionnaire et l’employé est crucial et joue sur la santé psychologique. »

Les conflits et tensions entre collègues sont une source évidente de stress et qui a un impact important sur la santé mentale du personnel. Les gestionnaires doivent intervenir et calmer le jeu. « On considère que de 25 à 30 % des cas d’invalidité viennent de gens qui s’absentent en raison de difficultés relationnelles, rapporte Éric Provencher. Un employé qui ne s’entend pas avec un autre peut perdre le goût de travailler, de parler en équipe, d’être présent. »

Prévenir 

Au-delà de toutes les interventions qui peuvent être réalisées pour éliminer les sources de stress dans les organisations, il y a les activités de prévention. Elles permettent de sensibiliser le personnel, par exemple sur l’importance de préserver un équilibre psychologique ou de résoudre des conflits.

Des formations ciblées sur la gestion du temps, des séances de méditation et des ateliers sur l’alimentation sont autant d’autres façons d’outiller les gens et de favoriser leur mieux-être.

La création d’un comité d’entraide entre pairs ou d’un groupe de sentinelles peut également contribuer à la santé psychologique des membres d’une équipe, tout comme le traditionnel programme d’aide aux employés. De la même façon, celles et ceux qui reviennent d’un congé de maladie seront heureux d’avoir un plan de travail structuré pour faciliter leur atterrissage.

Favoriser la bienveillance

Pour instaurer une culture de bienveillance au sein des organisations, les équipes de gestion ont avantage à être à l’écoute, à faire preuve d’empathie et à s’assurer de mettre en place les bonnes pratiques. Mais encore faut-il recruter des personnes avec le bon profil, estime Éric Provencher.

« Si l'on veut avoir une approche favorable à la santé psychologique, mais qu’on embauche des gestionnaires froids et calculateurs, la santé psychologique sera fragilisée, fait-il remarquer. Et si cela sonne faux, on passe à côté de notre objectif. »

Maintenir le sentiment d’appartenance

Ces gestionnaires doivent non seulement veiller au bon déroulement des activités de l’organisation, mais aussi maintenir le sentiment d’appartenance envers celle-ci et entretenir l’esprit d’équipe. Une mission colossale quand le personnel travaille à la maison. Éric Provencher utilise le terme de son cru « empreinte de gestion » pour désigner l’ensemble des éléments que les chefs d’équipe doivent s’efforcer de transmettre aux employés pour les orienter, même à distance.

« Quelle est la raison d’être de l’équipe et quelles sont nos valeurs organisationnelles? Il faut en parler, car les employés ont besoin d’être guidés, insiste-t-il. Par exemple, si l’on valorise la rigueur, mais qu’on ne l’a pas souligné dans des activités d’accompagnement, on ne peut pas en vouloir aux employés de manquer de rigueur. C’est à nous de passer nos messages. »

Quand la santé psychologique chancelle

Si, malgré tous les efforts et les bonnes pratiques, la santé psychologique d’un employé chancelle, le gestionnaire et le responsable RH doivent demeurer à l’écoute.

« On ne doit pas passer sous silence les difficultés, recommande Éric Provencher. Si l'on se retrouve avec des personnes qui vivent de la détresse psychologique, il est important de comprendre ce qui se passe. Elles veulent se sortir la tête de l’eau, mais elles ne savent pas comment. Il faut les outiller et réaliser des suivis dans le but d’aider et d’accompagner ces gens pour leur permettre de rebondir. »

Parce que la responsabilité de la santé mentale incombe à tout le monde.


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