Semaine de la santé mentale 2022

L’importance des pairs-aidants en santé mentale – Un réseau de pairs aidants au CSS Marie-Victorin

Favoriser la création d’un réseau de pairs aidants contribue au renforcement de la santé psychologique au travail
2 mai 2022
Sylvie Côté, Marie-Ève Lauzon, B.A.A Carolia Ho, B.A. Sc Maëlle-Émilie Poissant, M. Sc

Nombreuses sont les études qui soutiennent que les problèmes de santé psychologique font partie des principales causes d’absence au travail (Vézina et coll., 2010). En effet, selon les professionnels et chercheurs, le pourcentage d’absence au travail pour des problèmes de santé psychologique se situe entre 30 % et 50 % (MSSS, 2005; Vézina, 2001). Qui plus est, l’Organisation mondiale de la Santé soutient que la dépression est la deuxième cause d’invalidité après les maladies cardiovasculaires. Alors que l’idée d’un réseau de pairs aidants avait déjà été envisagée au cours des dernières années, le contexte provoqué par la pandémie de la COVID-19 n’a fait qu’accentuer sa pertinence. De fait, le contexte actuel renforce le bien-fondé de développer une ressource d’aide durable pour le personnel du réseau de l’éducation.

Qu’est-ce qu’un pair aidant?

D’abord, il importe de souligner qu’il n’existe pas de consensus clair sur la définition d’un pair aidant en raison des différents besoins des organisations qui créent ce type de réseau. Au CSS Marie-Victorin, les pairs aidants sont définis comme des collègues de travail formés et outillés pour accueillir, soutenir et orienter, de manière neutre et confidentielle, des collègues qui vivent des difficultés et qui présentent des signes de détresse. Ils voient aussi à susciter l’écoute, la bienveillance et la collaboration entre collègues, de façon à contribuer à la qualité de vie dans leur milieu de travail. Le réseau de pairs aidants est vu comme un réseau d’entraide qui contribue à un meilleur fonctionnement social. Il permet de développer la solidarité entre collègues tout en stimulant la qualité de vie au travail (Dufour-Poirier et Le Capitaine, 2016). Sur ce plan, le soutien social « renvoie […] à la dispensation ou à l’échange de ressources émotionnelles, instrumentales ou d’information par des non-professionnels, dans le contexte d’une réponse à la perception que les autres en ont besoin » (Caron et Guay, 2006). Le soutien social est déterminant dans la diminution des risques psychosociaux (Beauregard et coll., 2020; Marchand et coll., 2006), et se définit comme étant un support par les pairs, l’organisation et la communauté professionnelle dans laquelle les travailleurs évoluent.

Effets sur la santé psychologique

Selon la littérature, un réseau de pairs aidants peut apporter des effets bénéfiques à une organisation. Parmi ces effets, nous pouvons noter une amélioration du climat de travail, une diminution de l’agressivité et de l’absentéisme, des relations plus conviviales entre les membres du personnel, ainsi qu’une plus grande réceptivité aux changements (Harvey et Cloutier, 2016). De façon générale, un réseau d’entraide contribue à une réduction de la stigmatisation et de l’autostigmatisation (Villani et Kovess-Masfety, 2017), ce qui est en adéquation avec les objectifs du programme favorisant le bien-être psychologique de notre organisation. 

Assurément, ce programme de pairs aidants a pour objectif d’éliminer la stigmatisation liée à la santé psychologique, de former et d’informer le personnel, ainsi que d’offrir une nouvelle forme de soutien individuel autre que le programme d’aide aux employés. Toutefois, les pairs aidants n’ont pas pour mandat de combattre les préjugés. C’est plutôt à travers leur rôle qu’ils vont tendre à diminuer la stigmatisation de la santé mentale; ils sont formés pour accueillir les personnes qui vivent des difficultés et les encourager, voire les inciter, à aller chercher l’aide nécessaire, au besoin. Dans certains cas, il peut aussi arriver que les pairs aidants transmettent leur savoir expérientiel où ils servent de modèle d’autodivulgation et de motivation pour encourager la croyance de rétablissement.

En outre, un pair aidant peut se révéler tout aussi efficace, sinon plus, qu’un professionnel, lorsqu’il est temps de créer un premier contact, et ce, grâce à la proximité physique que procure le milieu de travail (Deschesnes, 1994). En raison de cette proximité, une personne peut plus facilement demander de l’aide. Il pourrait donc être juste de soutenir qu’un réseau de pairs aidants promeut les comportements d’autogestion de la santé. Selon le laboratoire Vitalité, l’autogestion de la santé peut se définir comme étant « toutes les actions qu’une personne met en place pour prendre du pouvoir sur sa santé par l’adoption de comportements qui diminuent les symptômes contribuent à la prévention des rechutes et améliorent son bien-être au quotidien. » (Vitalité, 2015). 

Projet pilote

Pour développer ce projet, nous avons d’abord procédé à la détermination de différentes pratiques offertes dans des milieux déjà dotés d’un réseau de pairs aidants, en plus de rédiger une revue de la littérature. En ce qui concerne le projet pilote, quatre écoles ont été sélectionnées : deux écoles expérimentales et deux écoles contrôles. Les deux groupes (expérimental et contrôle) sont chacun formés d’une école primaire et d’une école secondaire ayant des caractéristiques similaires. Seul le groupe expérimental a été doté d’un réseau de pairs aidants, tandis que le groupe contrôle non. 

La méthode retenue pour le recrutement des pairs aidants est le processus d’identification par les pairs. Cette méthode implique directement tout le personnel de l’établissement concerné, et ce, dès le début du processus, afin que les membres du personnel identifient leurs collègues susceptibles d’avoir ce rôle. Afin d’augmenter les chances de succès, le ratio pair aidant/travailleur est de 1 pour 20. Après avoir déterminé une vingtaine de personnes pour nos deux écoles expérimentales et obtenu l’accord de ces employés, ils ont tous suivi une formation sur les premiers soins en santé mentale donnée par la Commission de la santé mentale du Canada ainsi que formation sur les risques psychosociaux (RPS) de l’INSPQ. 

Efficacité du réseau

Un partenariat de recherche a par ailleurs été développé avec l’Observatoire sur le mieux-être et la santé au travail (OSMET) pour l’évaluation du réseau de pairs aidants du CSS Marie-Victorin. Le chercheur principal associé à notre projet est Alain Marchand, directeur de l’OSMET et directeur à la direction de la recherche de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST). De façon générale, l’objectif de ce partenariat est de mesurer les effets sur la santé psychologique des employés en isolant l’intervention des pairs aidants des autres mesures déjà en place. Les données sont recueillies tous les deux mois sur une période de six mois et sont seulement accessibles aux chercheurs. Ces données serviront à évaluer l’impact du projet pilote sur la présence et le degré de symptômes de détresse psychologique, de dépression et d’épuisement professionnel du personnel, en contrôlant les facteurs psychosociaux et les caractéristiques individuelles; à évaluer l’impact du projet pilote sur la fréquence et la gravité de l’absentéisme, en contrôlant les facteurs psychosociaux et les caractéristiques individuelles; et enfin, à évaluer la satisfaction des usagers du projet pilote de pairs aidants. Par souci de transparence, les résultats des observations faites durant le projet seront présentés au personnel des quatre écoles concernées en septembre 2022.

En conclusion

Favoriser la création d’un réseau de pairs aidants contribue à la création de nouvelles formes de soutien social qui, si elles sont mobilisées par la population cible de l’intervention, pourront jouer un rôle de protection additionnelle à la santé psychologique. De plus, la mobilisation des acteurs clés, notamment la direction générale, le service des ressources humaines, les directions d’école, les représentants syndicaux et les membres du personnel eux-mêmes, est essentielle dans la mise en place et le bon fonctionnement d’un réseau de pairs aidants. 

Bibliographie

  • Beauregard, N., Lemyre, L., & Barrette, J. (2020). The Healthy Learning Organizations Model: Lessons Learned From the Canadian Federal Public Service. Dans Public Personnel Management, 49(2), 218–238.https://doi.org/10.1177/0091026019855751
  • Besecker, K., Aug, T. (1985). Peer counseling: A school heals itself. Dans The Guidance Clinic, p.1-4. Cité dans Deschesnes, M. (1994). L’évaluation d’un réseau d’entraide par les pairs dans une école secondaire après trois années de fonctionnement. Dans Revue canadienne de santé mentale, Vol. 13, No. 2, p.111-126.
  • Caron, J. & Guay, S. (2005). Soutien social et santé mentale : concept, mesures, recherches récentes et implications pour les cliniciens. Dans Santé mentale au Québec, 30 (2), 15–41. https://doi.org/10.7202/012137ar
  • Deschesnes, M. (1994). L’évaluation d’un réseau d’entraide par les pairs dans une école secondaire après trois années de fonctionnement. Dans Revue canadienne de santé mentale, Vol. 13, No. 2, p.111-126.
  • Dufour-Poirier, M. & Bourque, R. (2013). Risques psychosociaux au travail et action syndicale : l'expérience des délégués sociaux de la FTQ au Québec. Dans Négociations, 19(1), 43-56. https://doi.org/10.3917/neg.019.0043
  • Gouvernement du Québec. (2021). Problème de santé : maladie mentale. Repéré à https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/sante-mentale-maladie-mentale/msg/3/#c34503
  • Harvey, D., Cloutier, G. (2016). L’embauche des pairs-aidants : une pratique encore novatrice misant sur le savoir expérientiel de tous. Dans L’expérimentation des médiateurs de santé – pairs. Chapitre 4, p. 49-66. Repéré à www.cairn.info/l-experimentation-des-mediateurs-de-sante-pairs---page-49.htm
  • Marchand, A, A. Demers, et P. Durand (2006). Social structures, agent personality and mental health: A longitudinal analysis of the specific role of occupation and of workplace constraints-resources on psychological distress in the Canadian work force. Dans Human Relations, Vol. 59, No.7, p. 875–901. 
  • MSSS. (2005). Publication du ministère de la Santé et des Services sociaux : L’invalidité pour cause de troubles mentaux chez le personnel du réseau de la santé et des services sociaux – rapport et recommandations du groupe de travail. Repéré à https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/document-001277/?&date=ASC
  • Vézina, M., Bourbonnais, R. (2001). Incapacité de travail pour des raisons de santé mentale. Chapitre 12, p. 279-287. Repéré à https://bdso.gouv.qc.ca/docs-ken/multimedia/PB01614FR_Port_soc2001H00F13.pdf
  • Vézina, M., St-Arnaud, L., Gignac, S., Gourdeau, P., Pelletier, M. (2010). Démarche d’intervention sur l’organisation du travail afin d’agir sur les problèmes de santé mentale au travail. Repéré à https://journals.openedition.org/pistes/2639
  • Villani, M. Kovess-Masféty, V. (2017). Les programmes de pairs aidants en santé mentale en France : état de situation et difficultés de mise en place. Vo. 44, p. 457-464. Repéré à https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0013700618300290
  • Vitalité (2015) Laboratoire de recherche sur la santé : autogestion de la santé. Repéré à https://vitalite.uqam.ca/definitions/autogestion-de-la-sante/

Sylvie Côté, directrice des ressources humaines Centre de services scolaire Marie-Victorin

Marie-Ève Lauzon, B.A.A Coordonnatrice secteur de la santé au travail Commission scolaire Marie-Victorin

Carolia Ho, B.A. Sc ergothérapeute en santé mentale Centre de services scolaire Marie-Victorin

Maëlle-Émilie Poissant, M. Sc analyste en climat et gestion de conflit Centre de services scolaire Marie-Victorin