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Développer un état génératif et incarner l'exemplarité : utopie ou réalité?

Ce court texte vous invite à faire un petit traitement cognitif et tester la façon dont vous percevez votre baromètre émotionnel et motivationnel.
26 janvier 2021
Martine Beaulieu

Le 21e siècle : l’ère du discernement, de la clarté d’esprit et de l’écologie humaniste.

Dans un monde assourdissant comme celui dans lequel nous vivons actuellement, apprendre à calmer son dragon s’avère tout un défi. « Être exemplaire » en plus de ça? C’est un défi encore plus grand! Surtout quand on a du mal à jongler avec ses turbulences intérieures.

Ce court texte vous invite tout d’abord à être honnête avec vous-même et, quel que soit votre rôle, à examiner avec sincérité la nature de vos actions et leur cohérence avec vos attitudes et comportements. Du coup, pourquoi ne pas faire un petit traitement cognitif et tester la façon dont vous percevez votre baromètre émotionnel et motivationnel?

Ce regard tourné vers soi pavera la voie à l’exercice réflexif qui vous est proposé ici. Mesurer la vitalité et la qualité de votre état génératif est une façon simple d’activer votre GPS intérieur. Nous réfléchirons en dernier lieu à quelques éléments qui permettent de faire un lien entre notre condition intérieure et la notion d’exemplarité.

Mais au préalable, permettez-moi de vous exposer certaines des données qui m’ont motivée à écrire ce billet.

Les données parlent

L’un des grands débats de l’heure n’est-il pas celui de la santé? Se basant sur une étude menée par la neuroscientifique Sonia Lupien[1], l’Organisation mondiale de la santé révélait qu’en 2020 (et on termine l’année ainsi) la première cause des départs en invalidité serait liée à des problèmes d’anxiété et de détresse psychologique accrus. Et que dire des impacts fulgurants qu’aura l’essor de l’intelligence artificielle sur la vie des gens d’ici 2050? Aujourd’hui déjà, les travailleurs commencent à ressentir une perte de sens quant à leur propre utilité.

Il est par ailleurs démontré que les dirigeants émotionnellement intelligents sont plus en mesure de prendre des risques et d’être de bons pourvoyeurs d’une « écologie humaniste ». Des analyses statistiques indiquent clairement que plus un ou une gestionnaire a un quotient émotionnel élevé, moins il ou elle a des traits de comportement toxiques[2]. Cultiver un état intérieur génératif ne peut donc qu’avoir des effets bénéfiques, tant pour le dirigeant que pour ceux et celles qu’il dirige.

Pourquoi parler ici de comportements toxiques, de détresse et du sentiment d’inutilité? Parce qu’un état génératif se développe inéluctablement à partir d’une lecture sensorielle et émotionnelle consciente, juste et objective. Suis-je disponible pour accueillir ce que je vis présentement? Si oui, comment puis-je l’affirmer avec certitude?

Qu’entend-on par « état génératif », et à quoi ça sert?

Nous décrivons l’état génératif comme une connexion à plus grand que soi. Un espace de quiétude d’où émerge le Soi véritable, accompagné d’une créativité abondante en alternance avec des moments de gratitude et de calme profond faisant surgir « ancrage, alignement et cohérence ». Un lieu où se manifestent le bien-penser, le bien-décider, ainsi qu’une présence accrue à ce qui EST!

Être intelligent émotionnellement prend ici tout son sens. C’est en développant ses propres mécanismes de régulation qu’on arrive à élaborer un baromètre fiable de ses propres états d’âme. Une belle façon d’apprendre à moduler ses émotions, à en tirer profit et à bénéficier de tout leur potentiel d’apprentissage pour s’en faire de grandes alliées.

Apprendre à être maître de soi, et le rester!

Cela vaut évidemment pour tous les humains, pas seulement pour les dirigeants. Ces derniers ont néanmoins tout intérêt à rester maîtres à bord et à tester régulièrement la qualité de leur condition intérieure s’ils souhaitent rayonner davantage d’humanisme et d’empathie. Notre état d’esprit (comment nous pensons) combiné à nos actions (ce que nous faisons) produisent manifestement les résultats que nous obtenons. Partant de cette prémisse, notre jeu intérieur est indubitablement corrélé avec notre attitude intérieure – ce qu’ont d’ailleurs démontré plusieurs chercheurs[3].

Pour un instant, faites comme si « votre système de fonctionnement n’agissait qu’avec le meilleur de vous-mêmes ». Comme si vous ressentiez une adéquation parfaite entre ce que vous désirez et ce qui est en devenir, avec pour résultat un futur pressenti dans l’action duquel émergent « création, innovation et harmonie intérieure ». Bref, un état d’unification avec qui vous êtes – le monde de vos pensées, de vos valeurs, de vos aspirations profondes –, syntonisé avec le geste juste et conjugué à la vision de là où vous allez…

Qu’avez-vous ressenti en faisant cette brève visualisation? (Il pourrait vous être bénéfique de noter vos observations.) Car au fond ce qui compte, c’est l’endroit d’où tu pars à l’intérieur de toi, disait Brian Arthur. Vous comprendrez sans doute qu’une fois qu’on a goûté à ces états d’unification et d’harmonisation, la conscience de l’évolution qui les accompagne nous amène à vivre de grandes phases d’émerveillement et de ravissement.

Testez votre jeu intérieur

Voici une courte exploration susceptible de vous éclairer quant à votre capacité à générer un tel état dans votre vie. Nous l’avons appelée l’attitude « SHERPA »[4].

Sur une échelle de 0 à 10, évaluez l’intensité ressentie pour chacun des qualificatifs ci-dessous. Un résultat de 7 et plus indique que vous avez des chances de réussite supérieures lorsque vous prenez une décision, menez un processus de mobilisation d’équipe ou gérez des évènements. Si vous obtenez un résultat plus près du 0, vous risquez de ressentir en pareilles circonstances des PERTES d’énergie importantes.

Façonner un état intérieur modifié

Plus que jamais, nous adhérons à l’idée que mieux nous nous connaissons, plus nous maîtrisons et utilisons nos émotions positivement, et plus nous multiplions les chances d’avoir un impact positif sur notre entourage. Des impacts incontestables sur la performance au travail, ainsi que sur la santé et le bien-être des humains et de nos collectivités.

Quel lien faire avec l’exemplarité?

L’exemplarité vue comme l’action d’être exemplaire, que Dilts définit ainsi[5] :

  • Fournir un point de référence crédible et fiable; c’est-à-dire un modèle à suivre. Le fait d’être un exemple est lié à la congruence entre « message » et « messager », en offrant des suggestions démontrant comment apprendre de l’expérience. La volonté de donner l’exemple est le fondement même de l’action du coaching.

Ce qui corrobore l’expression : Les bottines doivent suivre les babines. Sans quoi la cohérence et la crédibilité risquent de ne pas être au rendez-vous. Ce qui rejoint aussi la citation suivante d’Einstein : Donner l’exemple n’est pas le principal moyen d’influencer l’autre, c’est le seul moyen.

Être exemplaire, un appel à la congruence

En définitive, cultiver un état génératif assurerait une forme d’équilibre chez le dirigeant. On dit que l’IE a la faculté de nous prémunir contre les comportements toxiques tels que la psychopathie, le machiavélisme et le narcissisme[6]. Puisque toutes les émotions méritent d’être observées, porter attention à sa manière de percevoir, de comprendre et de maîtriser ses propres émotions (et de lire également les émotions des autres) améliorerait non seulement la vision que l’on a de soi, mais augmenterait la faculté à et à agir nouvellement.

Cheminer vers la maturité

Si je cédais la parole à mon dragon intérieur, que me dirait-il? Son agitation prendrait-elle racine dans des évènements incontrôlables ou des besoins et désirs non satisfaits? Ne pas forer ni approfondir le sujet rend utopique l’actualisation d’un nouvel état désiré. Une maturité construite à partir d’une intégration et d’une harmonisation des parties de soi, développée entre autres grâce à la capacité grandissante de savoir jongler avec ses forces et talents plutôt que de les laisser aller à la dérive[7].

Et goûter ainsi à la liberté, à la joie de vivre et à la générativité. Sagacité!

À propos de l’auteure

Mme Beaulieu, MCC, Coach exécutif sénior certifiée de l’International Coach Federation (ICF), cumule plus de 16 ans en coaching auprès de centaines de dirigeants et plusieurs années à titre de leader entrepreneure. Elle offre également plusieurs webinaires, ateliers et conférences interactifs, en plus de ses activités de philanthropie. Elle est aussi coautrice de L’Art et la pratique du coaching professionnel[8]. On peut la joindre par courriel à mbeaulieu@emergenceleadership.com, ou par téléphone au 514 687-9957|418 651-1358. Site Web : www.emergenceleadership.com.


Martine Beaulieu

Source :
  1. Sonia Lupien est fondatrice et directrice scientifique du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. (www.stresshumain.ca )
  2. Sciences et Avenir – Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale.
  3. John Withmore (Le jeu intérieur); Peter Senge (l’étude des schémas mentaux et des modes de pensée); Robert Dilts (l’état COACH versus l’état CRASH).
  4. Droits réservés, Émergence leadership (2020), Martine Beaulieu, MCC.
  5. Robert B. Dilts and the Dilts Strategy Group. Un thème phare de son programme de leadership génératif.
  6. Sciences et Avenir – Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale.
  7. Charest, G.; La roue des talents : pour diriger sa vie et les organisations, Publistar, 2005.
  8. Beaulieu, Martine, Leader de soi d’abord, L’art et la pratique du coaching professionnel. Éd. Valeurs d’Avenirs, 2019.